Je déteste encore Eric Lindros

Je dois m’en confesser, j’ai toujours profondément détesté Eric Lindros.

Tous les anciens partisans des Nordiques de Québec ont appris à détester Eric Lindros.

Personne ne pouvait comprendre pourquoi le géant ontarien avait toujours refusé d’endosser l’uniforme de cette équipe, lui qui était vu comme le meilleur jouer de sa génération.

Tous les anciens partisans des Nordiques l’ont détesté depuis le moment où il a choisi d’accepter le gilet bleu et blanc des mains de Pierre Pagé au repêchage de 1991, mais sans jamais l’enfiler.

On a tous encore l’image en tête du grand 88 qui met le beau chandail bleu azur sous son bras en quittant la scène.

C’était l’insulte suprême d’un Ontarien anglophone qui venait de cracher au visage des Québécois francophones, passionnés par le hockey et par leur équipe.

Lindros représentait le salut d’une équipe qui était devenue la risée de toute la LNH, et pire encore, de tous les partisans du Canadien de Montréal, l’ennemi juré.

Parce que c’était là le but ultime de tous les fervents des Nordiques.

Pas de gagner la coupe Stanley; juste de vaincre les diables en rouges à l’autre bout de l’autoroute 20!

Et Lindros se voulait la deuxième incarnation du Christ pour tous les mordus des Fleurdelysés.

Voilà pourquoi il a été tant détesté à Québec.

Jusqu’au moment où les rumeurs ont commencé à faire surface.

Personne ne savait ce qu’il voulait dire à l’époque quand il parlait d’une décision personnelle ou d’une décision d’affaires.

Il affirmait pourtant que ça n’avait rien à voir avec l’équipe, les francophones ou la ville de Québec.

Il a d’ailleurs épousé une Québécoise.

Mais quand les rumeurs ont commencé à filtrer à l’effet qu’il se serait passé quelque chose de nature personnelle entre le clan Lindros et la direction de l’équipe, on a compris bien des choses.

Eric Lindros a bien des défauts, mais c’est un homme de principe.

Sa décision était prise et personne ne pouvait la changer.

Ça n’avait rien à voir avec le français, les Québécois, la culture québécoise, la ville de Québec ou le chandail bleu et blanc.

C’était personnel.

Les partisans des Nordiques l’ont haï, mais en fait, ils auraient dû le remercier.

La transaction qui l’a fait passer aux Flyers de Philadelphie en 1992 a permis aux Nordiques de devenir instantanément une des puissances de la LNH.

Plusieurs affirment que ce fut la meilleure transaction de l’histoire de la ligue.

Imaginez, Québec a reçu un des meilleurs défenseurs (Steve Duchesne), un des meilleurs gardiens (Ron Hextall), un des plus beaux espoirs (Mike Ricci), un défenseur fiable (Kerry Huffman), un des joueurs les plus craints dans le circuit (Chris Simon), un choix de première ronde (qui est devenu le gardien Jocelyn Thibault) et 15 millions de dollars.

Ah oui, et Peter Forsberg, un futur membre du Temple de la renommée du hockey.

Ce noyau allait permettre à l’Avalanche du Colorado de remporter sa première coupe Stanley trois ans plus tard.

Une autre raison de détester le grand 88 pour les anciens partisans des Nordiques.

Pendant ce temps, les Flyers n’ont jamais rien gagné avec Lindros.

Tout ça pour dire que ce fut pas mal bizarre de voir Eric Lindros enfin endosser le gilet des Nordiques la semaine dernière et faire la tournée des médias québécois.

Ses commentaires et son attitude ont jeté un peu de baume sur la plaie encore ouverte des anciens partisans des Nordiques.

Pour ma part, je n’aime toujours pas plus Eric Lindros, mais au moins, je le comprends.

C’est déjà ça.