Ode à la défaite

La défaite fait partie du sport, au même titre que la victoire, dès qu’on fait appel à la compétition. Là où il y a un gagnant, il y a nécessairement un ou des perdants. C’est la logique même. Elle est le noir du blanc. La nuit face au jour. Un ne va pas sans l’autre.

La défaite est utile. Elle permet d’évaluer notre progression face à meilleur que nous et de procéder aux correctifs nécessaires afin de réduire ou éliminer l’écart. Elle nous incite à réfléchir, à agir, à provoquer des changements, à trouver des solutions. Elle nous motive.

Bref, la défaite est bonne en soi… en autant qu’elle ne dure pas.

Car perdre à répétition peut avoir un effet pervers sur notre subconscient. Si elle nous force à bouger après un ou deux revers, elle finit par nous endormir lentement le cerveau quand cette séquence se poursuit.

On ne fonctionne plus en intensité. Plutôt que de «donner notre 110%», on réduit l’effort à 90% sans qu’on s’en rende vraiment compte. Nos gestes deviennent mécaniques. On croit s’enfoncer dans un gouffre sans fond. On ne semble pas savoir comment s’en sortir. La joie disparaît. L’amusement d’hier devient une lourde routine. Une ambiance négative envahit notre environnement. Le sport se métamorphose en corvée.

Le pire est qu’on finit par s’y habituer. Et la défaite gère notre quotidien.

Nous en avons deux beaux exemples actuellement. D’abord les Tigres de Campbellton, de la Ligue de hockey junior des Maritimes. Et surtout les Wildcats de Moncton, de la LHJMQ.

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Commençons par les Tigres.

Une seule victoire à leurs 18 derniers matchs depuis le 2 décembre, où l’équipe a marqué seulement 45 buts pour en allouer 99. Une séquence actuelle de 10 défaites consécutives depuis le 20 janvier.

Depuis l’échange du gardien Christofer Langlais aux Western Capitals de Summerside, la défensive s’est effondrée, avec 85 buts accordés en 14 parties. Alors que Langlais montrait une moyenne de buts alloués de 2,57 et un taux d’arrêts de ,920, ses remplaçants Rowan O’Brien (4,18 et ,880) et Riley Akerman (7,05 et ,820) peinent à arrêter un ballon de plage.

Les partisans des Tigres mériteraient mieux.

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Passons aux Wildcats. Vous verrez que ce n’est pas reluisant.

Leur dernière victoire remonte au 17 décembre, un gain de 6 à 4 sur les Mooseheads de Halifax. Depuis, ils ont encaissé 25 défaites de suite et menacent sérieusement le record de médiocrité du circuit Courteau (27, les Dynamos de Shawinigan en 1975-1976, à l’époque où il y avait encore des matchs nuls).

Dans cette période sombre qui dure depuis deux mois et demi, les Chats sauvages n’ont inscrit que 53 buts, mais en ont accordé 151, soit presque trois fois plus.

L’équipe a procédé à de nombreux échanges pendant la période de transactions des Fêtes et s’est départie des vétérans Lane Cormier (Rouyn-Noranda), Kody Gagnon (Chicoutimi), William Bower (Charlottetown), Manuel Wiederer (Rouyn-Noranda), Adam Holwell (Acadie-Bathurst), Zachary Malatesta (Acadie-Bathurst) ainsi que les jumeaux Kelly et Kevin Klima (Chicoutimi).

Sept joueurs réguliers sur 21. Le tiers de l’équipe…

Depuis, c’est l’enfer.

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Ces séries de défaites, provoqués par une vente de feu qui vise à reconstruire une équipe championne dans deux ou trois saisons, deviennent du coup un événement en soi. On glorifie le négatif et on place la médiocrité sur un piedestal. Vous l’admettrez, c’est un non-sens.

La situation n’a rien de drôle. En fait, elle est inquiétante, dans le sens où nous devrions nous demander s’il n’y aurait pas moyen d’éviter ces fins de saison catastrophiques et pathétiques.

Perdre est une chose. Perdre en succession en est une autre. Perdre en succession, souvent par des scores astronomiques, est tout à fait inacceptable. C’est jouer à un jeu très dangereux.

Encore s’il y avait un prix de consolation au bout, du genre le prochain Sidney Crosby ou Connor McDavid…

Mais là, c’est un manque de respect total, une gifle aux visages des partisans qui, en début de saison, ont payé à fort prix leurs abonnements dans l’espoir fort légitime de voir une équipe démontrer du caractère afin d’arracher la victoire dans un spectacle qui vaut son coût d’entrée. Pas pour aller encourager – ou ridiculiser – une équipe perdante avant même qu’elle n’ait mis le patin sur la surface glacée.

Des partisans à qui il ne faudrait pas grand chose pour les perdre, préférant le confort de leur salon à regarder une multitude de matchs de la LNH plutôt qu’aller se geler les fesses et les pieds dans un aréna pour en sortir invariablement déçus. Et d’avoir le sentiment d’avoir dépensé absolument pour rien 10, 15 ou 30$, probablement plus. Parlez-en au Titan d’Acadie-Bathurst, qui peine maintenant à ramener les amateurs au Centre régional K.-C.-Irving après tant d’années de vaches squelettiques.

Nos dirigeants de hockey ont besoin de sortir de leurs pensées de dinosaure. Ils doivent trouver des solutions face à ces situations provoquées, en s’assurant par exemple de limiter le nombre de transactions possibles afin que même les moins bonnes équipes puissent garder un noyau de joueurs potable, avoir une chance raisonnable de gagner et offrir un spectacle qui plaira aux amateurs, qui sont encore leur pain et leur beurre.

Sinon, le pain et le beurre seront mangés ailleurs.