Face-à-face: Qui gagnera dans la privatisation des services de santé?

BERNARD THÉRIAULT

Mes collègues libéraux à l’époque de Frank McKenna se souviendront que celui-ci nous avait vendu l’idée de privatiser les repas dans certains établissements de santé alors gérés par la province.

Tout allait bien jusqu’au matin où Elizabeth Weir, cheffe du NPD, arrive à l’Assemblée avec deux rôties qui avaient été grillées à Toronto et servies à Sussex. Laissez-moi vous dire qu’après cela, plusieurs d’entre nous sont devenus méfiants devant la privatisation de certains services.

Sur une note plus sérieuse, je vous avouerai que mes sentiments sont partagés devant l’action du gouvernement de privatiser les services de nettoyage et de cuisine dans les hôpitaux de la province. D’une part, en bon libéral, j’ai toujours des problèmes quand on fait des économies parce que la privatisation réduit les salaires des nouveaux employés. Il appert que ce ne sera pas le cas ici, car les employés demeureront les mêmes et qu’ils seront toujours syndiqués. En fait, ceci apparaît au départ comme une bonne nouvelle. Le changement proposé n’affectera pas le salaire et les bénéfices des employés, mais cherchera par des méthodes différentes à augmenter la productivité et la qualité des services de nourriture. On s’entend que peu de nos institutions de santé se sont mérité des étoiles Michelin pour les repas qu’ils offrent, mais cela c’est une autre histoire! Si on peut le faire avec moins de gens tant mieux, pourvu que ceux qui restent conservent les bénéfices et les conditions de travail si durement gagnés avec les ans.

Idéologiquement, je suis légèrement à gauche et je ne suis généralement pas excité par des privatisations comme celles que l’on nous propose. Non seulement je défendrai bec et ongles le droit des employés à la syndicalisation, j’ajouterai également que les «unions» sont essentielles pour permettre un partage plus équitable de la richesse dans notre société. Cependant, je répète que l’initiative proposée par le gouvernement libéral protège les travailleurs en place et ajoutera, on l’espère, une gestion plus moderne et plus serrée dans les hôpitaux.

En lisant les commentaires émis par les syndicats, je me demande parfois s’ils n’ont pas créé leurs propres problèmes. On les entend déjà parler de contamination et de virus, comme si rien de tout cela n’arrivait actuellement. Ils devraient nous dire qu’en 2014, les trois plus gros hôpitaux du Réseau Horizon ont failli lamentablement une vérification sur la propreté et qu’il n’est pas acceptable de blâmer leurs membres chaque fois que l’on est victime d’un virus dans un hôpital, comme eux vont le faire quand surviendra des problèmes avec le nouveau système. Bref, les syndicats vous diront après les faits qu’ils peuvent faire mieux, mais quand on leur demande dans une négociation, ils nous disent qu’ils ont tout donné. Arrivez au 21e siècle s.v.p.!

Enfin, je me demande comment mon voisin d’en face va réussir à mettre le blâme sur Shawn Graham dans ce dossier. Il nous dira sûrement que si le ministre actuel n’avait pas congédié l’ancien directeur du Réseau Vitalité, que toutes ces initiatives seraient inutiles! Ah, j’oubliais! Il va mentionner que Victor Boudreau était membre du gouvernement Graham.

JEANNOT VOLPÉ

Pourquoi le gouvernement libéral de Brian Gallant, qui dit prendre ses décisions en écoutant la population, va-t-il à l’encontre des recommandations de deux conseils d’administration et de deux directeurs du Réseau Vitalité?

Le ministre responsable Victor Boudreau, aussi impliqué dans le dossier Atcon et de l’eau polluée à la plage Parlee, veut maintenant imposer des services de soins de santé privés au N.-B. Pourquoi la province veut-elle transférer à la compagnie Sodexo la gestion de certains services de santé alors qu’elle est impliquée dans un scandale en Angleterre concernant la privatisation de la gestion de prisons?

Le Réseau Vitalité, qui a fait son travail de réduire ses coûts de fonctionnement en améliorant son efficacité et son efficience – entre autres dans la gestion de ses cuisines et de l’entretien ménager -, est maintenant pénalisé. Le Réseau Horizon n’a fait qu’une partie de son travail avant que le premier ministre Gallant lui-même intervienne en clamant que le processus de recherche d’économie était terminé. Elle vient par contre d’être récompensée par des investissements de plus de 100 millions $ en projets capitaux. Pourtant, les coûts de livraison de plusieurs services du Réseau Horizon sont toujours plus élevés que ceux de Vitalité. D’après M. Gallant, la recherche d’économie et d’efficacité était terminée, pourquoi veut-il maintenant confier à la compagnie Sodexo la responsabilité de trouver des économies?

Dans certains cas, des compagnies privées offrent leurs services au gouvernement sans avoir totalement évalué l’ensemble et la complexité des services offerts. Une fois le contrat obtenu, lorsqu’elles réalisent qu’elles ne pourront livrer les économies promises, ce sont les services, les patients et les contribuables qui en font les frais. Le Réseau Vitalité a déjà démontré en travaillant avec le secteur public qu’il n’y avait pas d’économie à aller chercher avec le secteur privé. Pourquoi certains hauts fonctionnaires ou élus continuent-ils à promouvoir cette approche? Qui est derrière cette décision et qui pourrait en profiter? Est-ce que le droit constitutionnel de recevoir les services de santé en français va disparaître?

Qui veut détruire une des plus grandes organisations francophones du N.-B.? Que restera-t-il de Vitalité une fois étouffée et démantelée pièce par pièce, sinon une coquille vide? Service NB s’occupera de gérer les contrats. Croix Bleue Medavie s’occupera de l’extramural, des buanderies, des achats, de l’informatique et de l’ingénierie clinique. Sodexo s’occupera de la livraison de services de cuisine, de transport de patients et de l’entretien ménager. La volonté des libéraux de vouloir aller chercher des votes anglophones coûtera très cher au service de santé francophone. Vitalité a livré ce qui avait été demandé par le gouvernement sans fermeture d’hôpitaux ou réduction de services alors que des analyses ont déjà démontré qu’Horizon favorisait la fermeture de petits hôpitaux et les réductions de services.

Qui est derrière les négociations avec la compagnie Sodexo sinon la politicaillerie libérale, ce qui coûtera encore une fois des millions aux contribuables du N.-B.?