La mort à la une

La mort tragique de Christian Brun, en décembre, a eu l’effet d’une bombe.

Ce poète, peintre et organisateur était apprécié dans plusieurs sphères acadiennes.

Dans la foulée de son décès, une proche de l’autre homme qui a perdu la vie lors du même accident de la route – et dont on a très peu parlé – a publié un cri du cœur sur Facebook.

En gros, elle voulait rappeler que le défunt était lui aussi aimé et que son départ allait créer un vide. Son message a touché des tas de gens.

Certains ont réagi en pointant du doigt L’Acadie Nouvelle. Ils nous ont reproché d’avoir ignoré l’une des victimes de l’accident parce qu’elle n’était pas très connue.

Les journalistes sont constamment confrontés à ça.

Lorsque survient une tragédie, on doit rapidement déterminer si elle est d’intérêt public et combien d’attention on doit y consacrer. Peu importe comment on s’y prend, on s’expose à des critiques.

Dans bien des cas, on risque de se faire traiter de rapaces par les proches d’une victime si on s’approche trop d’eux.

Ça se comprend. La dernière chose dont on a besoin quand l’on vient de perdre un être cher, c’est un journaliste qui nous tourne autour.

D’autres proches réagissent différemment. Ils veulent que l’on parle des victimes. Ils sentent que les disparus méritent plus d’attention.

Mais ce n’est pas le seul facteur qui compte.

Une personne peut avoir été aimée de tonnes de proches, elle peut avoir eu une vie bien remplie, mais cela ne fait pas automatiquement d’elle une personnalité publique.

Mais on ne peut pas dire cela sans risquer de passer pour des êtres insensibles et franchement mesquins. C’est pourquoi j’ai laissé cette chronique mûrir dans un coin de ma tête pendant quelques mois avant de l’écrire.

En écrivant ces lignes, je me dis que c’est peut-être nous, les journalistes, qui abordons ces questions à l’envers.

Et si c’était plutôt que l’on ne savait pas prendre le temps de trouver une raison de parler des gens ordinaires, morts ou vivants? Quelque part, tout le monde a une histoire à raconter.