Trois grands enjeux du vote à 16 ans

La commission sur la réforme électorale au Nouveau-Brunswick a remis son rapport la semaine dernière. La Fédération des jeunes francophones du Nouveau-Brunswick (FJFNB) et tous les défenseurs du vote dès 16 ans ont franchi une étape importante dans leur effort pour abaisser l’âge pour voter.

Le vote à 16 ans constitue le prétexte parfait pour introduire une réelle éducation à la citoyenneté dans nos écoles. Il y a cependant des questions sérieuses auxquelles ont doit répondre afin que ce changement rapporte les fruits espérés.

  1. Pour quelle raison souhaite-t-on accorder le droit de vote à 16 ans? La principale raison invoquée semble être que plus les citoyens votent tôt dans leur vie, plus ils ont de chances de participer toute leur vie à la démocratie. Cette raison me semble secondaire. Si l’on veut que les 16-17 ans votent, c’est qu’on veut qu’ils aient une voix. C’est aussi qu’on est certain qu’ils sont en mesure d’utiliser cette voix pour faire avancer la société. Enfin, accorder le droit de vote aux 16-17 ans, c’est aussi accepter et reconnaître leurs préoccupations.
  2. Est-ce que le vote se fera à l’école ou selon les modalités habituelles? Si le vote a lieu pendant l’année scolaire, sera-t-il obligatoire? Dans un tel cas, le groupe des 16-17 ans serait la tranche d’âge où le pourcentage de participation sera le plus élevé. Du coup, l’intérêt des partis envers cette population sera énorme et les candidats voudront sans doute aller dans les écoles. Est-ce que ces rencontres auront lieu dans les écoles? Veut-on encadrer ces rencontres? Est-ce que l’accès sera illimité? Veut-on laisser les candidats y faire campagne avec tout ce que cela comporte?
  3. La commission soutient que «la matière des cours devrait aborder les réalités liées aux conflits politiques modernes, présenter aux élèves de manière objective les positions partisanes caractérisant de nombreux enjeux actuels». La seule façon de présenter objectivement les positions partisanes, c’est d’en faire une analyse critique. De seulement présenter les plateformes des partis, c’est gaspiller une occasion d’éduquer réellement le citoyen. L’école n’est pas seulement un lieu où l’on présente des faits. C’est un lieu où l’on apprend à les analyser en les comparants, en les décortiquant et en les examinant sous plusieurs angles. Or, l’expérience des dernières élections américaines nous montre que la passion l’emporte souvent sur la raison. Est-ce que l’enseignant pourra outiller adéquatement les élèves afin d’évaluer les différentes propositions des partis politiques sans se faire accuser de partisanerie?

Éduquer à la citoyenneté, ce n’est pas seulement préparer les citoyens à aller voter et à connaître le processus électoral. Éduquer à la citoyenneté, c’est préparer le citoyen à entrer dans le grand dialogue politique qui vise à déterminer comment nous souhaitons vivre ensemble. Si ce dialogue n’est pas critique, ce n’est pas un dialogue porteur de progrès social.

La situation actuelle du Nouveau-Brunswick, qu’on peut qualifier de fragile sur plusieurs plans, me semble causée par un grave déficit démocratique. Ce déficit est en partie causé par une faible participation des électeurs aux élections. Mais il est surtout dû à l’incapacité collective de donner une réelle voix, qui se veut à la fois critique et raisonnable, à tous les groupes de citoyens.

Pour renverser cette tendance au déficit démocratique, l’école doit très tôt considérer les élèves comme des citoyens. C’est-à-dire qu’elle doit les préparer à assumer la responsabilité d’être une voix dans le grand dialogue politique.

L’enjeu de cette réforme ne peut pas être plus important pour l’avenir de la province. Il faut la faire et la faire bien!