Ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier

La grande pédagogue Maria Montessori était convaincue que le plus important pour le jeune enfant était d’abord d’apprendre à faire seul. Dans le respect des différentes étapes du développement de l’enfant, de la naissance à l’âge adulte, il était central pour elle que chaque enfant puisse développer toutes ses habiletés personnelles tant physiques, émotives, qu’intellectuelles.

Il s’agit d’apprentissages de base sur lesquelles s’appuient d’autres habiletés qui impliquent la collaboration ou le travail collectif. Tout l’environnement éducatif des écoles Montessori est construit d’une manière qui respecte le principe qu’il faut premièrement consolider les acquis individuels.

En quelque sorte, pour être autonome, il faut vivre des expériences d’apprentissages personnelles. Et sur ces expériences personnelles, sur ce bagage d’expériences, éventuellement, la pédagogie Montessori introduit la collaboration afin de réaliser des tâches qui sont impossibles à réaliser seul.

Évidemment, les enfants ne sont pas isolés les uns des autres. Ils jouent ensemble. Ils exécutent des activités pédagogiques ensemble. Mais l’attention est d’abord portée sur le développement de chaque enfant.

Un article de mercredi, dans l’Acadie Nouvelle, a particulièrement attiré mon attention et m’amène à inviter à la prudence. L’article de David Caron sur l’automatisation industrielle du marché de l’emploi présente une étude réalisée en 2016 par l’Institut Brookfield de l’Université Ryerson.

Selon cet institut, près de 40% des tâches du marché du travail actuel pourraient être automatisées. Certains travailleurs pourraient alors ne pas être en mesure de se trouver un nouvel emploi puisque leurs compétences ne pourraient pas être réinvesties dans un autre domaine d’activité.

Pour illustrer cette situation inquiétante, prenons l’exemple, au début des années 1900, des forgerons dans les villages qui pouvaient se convertir en mécaniciens puisque leurs compétences étaient assez transférables. Par contre, si à l’époque on avait remplacé les chevaux par les automobiles électriques et informatiques d’aujourd’hui, il n’aurait pas été possible aux forgerons de se convertir en mécaniciens.

L’autonomisation des tâches de travail touche les tâches simples. Les nouveaux emplois d’aujourd’hui sont d’une complexité grandissante. Ceux de demain ont de bonnes chances de l’être encore plus. Cette complexité pose la question des connaissances à transmettre et des compétences à développer chez nos jeunes.

Les compétences qui semblent de plus en plus faire consensus sont: la collaboration, la communication, les compétences numériques, les habiletés sociales, la créativité, la pensée critique et la résolution de problèmes.

J’appelle à la prudence en rappelant, comme le soutient Montessori, qu’il ne faut pas confondre le point d’arrivée avec le point de départ. Avant de collaborer, il faut être capable de faire seul. Avant de communiquer, il faut avoir quelque chose à dire. Avant de faire preuve de pensée critique, il faut des savoirs et des savoir-faire.

Je me souviens qu’un de mes enseignants du primaire avait tenté de nous regrouper en équipe de quatre élèves. En plus, il nous avait laissé choisir avec qui nous voulions être jumelé. Ça n’avait pas duré une semaine.

Même si l’idée était bonne et l’enseignant compétent, nous n’étions pas tous prêts et l’environnement pédagogique n’était pas nécessairement adapté. Il faut une base de connaissance, une base d’habiletés et une base de maturité. Le tout doit s’appuyer sur un contexte scolaire qui favorise le développement solide de ces bases.

Rien ne sert de précipiter le développement de compétences liées au marché de l’emploi sans en même temps viser l’épanouissement personnel et les relations éthiques entre les élèves. Tirer sur la fleur ne la fait pas pousser plus vite!