Trop peu, trop tard

C’est une époque qui prend fin avec le départ de Serge Bourgeois chez les Aigles Bleus de  l’Université de Moncton. Pourquoi l’institution de Raymond Théberge a-t-elle décidé de limoger son homme de hockey un mardi après-midi à 16h30?

On nous dit que c’est pour prendre une nouvelle direction, un nouvel élan.

Et dans cette nouvelle structure qu’on tente de mettre sur pied, l’entraîneur acadien n’avait apparemment plus sa place.

Quand on y regarde de plus près, ce n’est pas tant Serge Bourgeois, l’entraîneur, qui n’a pas livré la marchandise, mais Serge Bourgeois, le recruteur.

Dans la grande majorité des organisations, les deux emplois représentent un boulot beaucoup trop considérable pour un seul homme.

Le recrutement peut et devrait être une occupation à temps plein.

Même chose pour le job d’entraîneur.

La plupart des hommes de hockey qui tentent d’occuper les deux postes finissent par en abandonner un.

Justement parce que ça demande trop de temps et parce qu’ils se rendent compte qu’ils sont meilleurs dans l’un que dans l’autre.

L’arrivée dans le portrait de Robert Tiper LeBlanc la saison dernière a aidé, mais pour utiliser une métaphore de sport, c’était trop peu, trop tard pour sauver la tête de Serge Bourgeois.

Il faut également mentionner que ce dernier a été victime de circonstances hors de son contrôle.

Il ne pouvait par exemple pas prévoir que Thierry Comtois, Alex Noël et Danny Chiasson quitteraient l’équipe tout juste avant le camp d’entraînement pour intégrer le marché du travail.

Deux autres patineurs, sur qui il fondait beaucoup d’espoirs, ont aussi décidé de tourner le dos à l’U de M à la dernière minute.

Cela étant dit, Serge Bourgeois, le recruteur, n’a pas laissé de marge de manoeuvre à Serge Bourgeois, l’entraîneur, avec un recrutement insuffisant au cours des dernières années.

Ce n’est pas tant la qualité, mais surtout la quantité qui faisait défaut chez le Bleu et Or.

L’équipe ne disposait pas de la profondeur nécessaire pour faire face aux nombreuses blessures qui l’ont affligé depuis quelques saisons.

Plusieurs défenseurs ont par exemple dû être convertis en attaquant pour boucher les trous.

Pas exactement la recette pour remporter un championnat, même si ces valeureux guerriers ont fait de leur mieux pour répondre à l’appel.

Les anciens patrons de Serge Bourgeois doivent aussi se regarder dans le miroir aujourd’hui.

Ont-ils donné à leur ancien entraîneur tous les outils ($$$) pour réussir?

Le hockey universitaire, comme à tous les autres niveaux, est devenu une grosse business.

Ça prend des gros sous pour rivaliser avec les meilleurs.

Les Varsity Reds de l’Université du Nouveau-Brunswick l’ont compris depuis longtemps et il était grand temps que l’U de M le comprenne aussi.

Si la rumeur est vraie et que le nouveau groupe de direction fait appel au secteur privé pour financer et opérer l’équipe comme c’est le cas ailleurs, ce sera un gros pas dans la bonne direction.

Les Aigles Bleus doivent être gérés comme une «équipe professionnelle», avec des moyens en conséquence.

Le club des Aigles Bleus a bien fait son possible au fil des ans pour financer le programme de hockey, mais c’était loin d’être suffisant.

Ce groupe de bénévoles passionnés mérite d’ailleurs toute notre admiration pour avoir tenu le programme à bout de bras pendant toutes ces années, sans un gros appui de la haute direction de l’institution.

Il est rafraîchissant de constater que Camille Thériault et les anciens souhaitent garder tout ce beau monde impliqué dans l’équipe de hockey.

Parce que la grande famille des Aigles Bleus, ce sont aussi ces travailleurs infatigables qui restent dans l’ombre.

Ils devront obligatoirement faire partie de la relance, sinon, l’U de M fera fausse route.