La peur d’être soi-même

On fait peut-être des progrès pour contrer l’intimidation, mais pour les personnes qui la subissent, c’est le cauchemar. Cette semaine, on apprenait qu’une jeune fille de 10 ans qui avait participé à l’émission La Voix Junior a subi de l’intimidation pendant des semaines à la suite de son passage à l’émission.

Elle a subi de l’intimidation à son école, mais aussi en direct sur le compte d’un média social pendant une émission radiophonique à laquelle elle participait. Des propos vraiment troublants ont été dits et écrits, allant même jusqu’à souhaiter la mort de la fillette.

Vraiment? Pour avoir eu le courage de participer à un concours, on châtie gratuitement une enfant. Le plus bouleversant, au dire de la mère, c’est que les propos les plus durs provenaient d’adultes.

Dans le même ordre d’idées, on apprenait aussi, cette semaine, que la ministre Lisa Harris a dénoncé, à l’Assemblée législative, des propos sexistes et déplacés prononcés par trois députés à son endroit et à l’endroit d’autres élues. Là aussi, on a affaire à des adultes.

On peut très bien s’offenser de toutes ses paroles. On peut aussi se dire que ce ne sont, justement, que des paroles et qu’en comparaison avec ce qui se passe ailleurs dans le monde, il y a des drames plus graves. Or, j’en reviens aux victimes. Pour elles, il n’y a pas de drame plus grave. Quand l’estime de soi est affectée, c’est la qualité de vie qui en souffre.

J’ose affirmer que nous sommes tous, en quelque sorte, coupables. Ou bien nous avons, nous-mêmes, tenu des propos déplacés en présence ou en l’absence de la victime, ou bien nous en avons été témoins. Mais par notre silence, nous avons donné notre consentement pour que cette médisance continue.

Les médias sociaux donnent une portée encore plus vaste à ces comportements inacceptables. Ils permettent cet anonymat, cette distance qui déresponsabilise et qui donne cette apparence de courage à la personne qui se cache derrière son écran pour proférer des insultes. Des propos que nous ne dirions pas si la personne visée était là, en face de nous.

Il ne faut pas diaboliser les médias sociaux pour autant. Ils sont de puissants outils de communication et peuvent rendre de précieux services à l’humanité. Par contre, ils peuvent être de puissants catalyseurs d’illusions. Il est tout à fait possible de projeter une image de soi idéalisée, qui étire la vérité, mais qui ne correspond pas tout à fait à la réalité.

Le déni de soi, c’est un grave refus d’authenticité, peut-être le pire mensonge que l’on se fait à soi-même. Et la médisance est l’action miroir, c’est-à-dire le refus de l’autre, de ce qu’il est et ce qu’il représente. Mais pourquoi s’en prendre à une fillette de 10 ans? Pourquoi s’en prendre à une consœur députée? Pourquoi s’en prendre à un collègue, à son voisin, à nos proches, aux étrangers?

Est-ce l’envie, la jalousie, la peur, la lâcheté? Est-ce une mauvaise estime de soi qui pousse à abaisser les autres pour se sentir fort?

Déjà, très tôt à l’école et à la maison, on peut observer ces comportements chez nos enfants. Mais on peut aussi leur apprendre à reconnaître ces comportements pernicieux. On peut aussi les encourager à les dénoncer. Mais c’est surtout d’amour dont il faut les entourer.