La force brute de l’Acadie

La force a toujours exercé une fascination, aussi loin que l’homme existe probablement. Les exploits surhumains sont légions et souvent bien documentés. De Hercule à Louis Cyr, la puissance des muscles à travers toutes sortes de démonstrations a attiré les foules et créé des légendes antiques et modernes.

Cette force brute, nous en avons beaucoup en Acadie. Je ne sais pas si c’est l’eau ou le fait de vivre au bord de la mer, mais nous avons plus que notre part de champions quand vient le temps de soulever les montagnes. Et pas les moindres, s’il-vous-plaît.

La dernière semaine nous en a offert plusieurs exemples.

D’abord, parlons de Martin Plourde. Ce pêcheur de homard de Pigeon Hill, que l’on surnomme Popeye, a été tout simplement fabuleux au tournoi 2017 IPA Worlds Powerlifting & Bench Press Championships, à Amherst, en Nouvelle-Écosse.

Malgré un mal de gorge, il a établi deux nouveaux records mondiaux – oui, mondiaux! – en dynamophilie, soit 540 livres au développé couché et un total de 1918 livres dans la catégorie amateure 242-275 livres.

À cette même compétition, nous avons découvert deux jeunes Acadiens doués, soit Nicholas Robichaud, de Saint-Jean, et Paul Babineau, de Richibouctou. Âgé de 18 ans, Robichaud est passé bien près (six livres) d’inscrire son nom dans le livre des records de la International Powerlifting Association au soulevé de terre dans le groupe des 82,5 kilos avec une performance de 534 livres.

Quant à Babineau, âgé de seulement 14 ans, il est devenu le plus fort au monde dans son groupe d’âge en arrachant du sol une charge de 424 livres au soulevé de terre.

Impressionnant!

Cette semaine nous a aussi offert d’autres champions en culturisme.

Sébastien Bertin, de Beresford, a mis la main sur le titre dans la catégorie des poids lourds à la Classique de culturisme de l’Atlantique, une compétition qui a attiré plus de 220 participants de l’est du pays.

Cet homme tout en muscle s’est imposé un entraînement quasiment militaire en plus d’une alimentation contrôlée à la moindre calorie pendant 16 semaines – presque quatre mois! Faut le faire.

Plusieurs Acadiens et Acadiennes ont fait leur marque à cette compétition et chacun d’entre eux pourrait raconter avec passion la même volonté et les mêmes sacrifices – parfois au détriment de la famille – afin d’atteindre leur but.

Le culturisme et ses composantes (physique, fitness et bikini) ne jouissent pas toujours d’une bonne presse, il est vrai, pour toutes sortes de raisons. Mais personne ne peut mettre en doute l’immense travail de préparation et l’énergie mise à peaufiner chaque muscle, à réduire son taux de gras à des niveaux aussi faibles de 4 ou 5%.

C’est un travail de moine, je vous l’assure, et ça mérite toute notre admiration.

***

Des hommes forts, l’Acadie en produit de très bons, c’est indéniable.

Il suffit de penser à deux de nos lutteurs professionnels, soit Marc Roussel, de Le Goulet, alias Markus Estrada, ou encore Éric Doucet, qui parcourt les arènes sous le nom de Markus Burke.

Roussel a notamment écrit son nom en lettre d’or dans l’histoire de la lutte professionnelle en brisant le record de longévité qui appartenait à nul autre que la grande étoile du ring Édouard Carpentier. Aujourd’hui, il compte plus de 1000 jours comme détenteur de la ceinture de champion de la North Shore Pro Wrestling.

Doucet, de Campbellton, est devenu tout récemment champion poids lourds dans trois pays quand il a mis la main sur la ceinture de la World Wrestling Professionnals en Afrique du Sud. Il possédait déjà le titre dans la Ultimate Championship Wrestling, à Halifax, et dans la Global Independant Wrestling dans l’État du Maine.

Ces deux gars ont beau être des «saltimbanques du ring», comme aime les appeler mon collègue Robert Lagacé, et ils pratiquent un sport où les chorégraphies sont nombreuses et les finales «arrangées avec le gars des vues», ils en sont pas moins des athlètes de très haut niveau qui ont eu besoin de développer une force physique exceptionnelle pour s’illustrer dans un milieu difficile.

On peut très bien ajouter deux champions du tir au poignet à cette belle liste: le regretté Paul Banville a décroché deux titres mondiaux, mais surtout Sylvio Bourque, dont les victoires se comptent par dizaine dans cette discipline exigeante.

Et je suis convaincu que j’en oublie plusieurs, ce que vous ne manquerez pas de me rappeler dans les prochains jours.

***

La force, c’est naturel chez nous. Mais il faut la travailler, la développer, l’améliorer. Comme un joueur de hockey qui saute sur la patinoire pour exercer ses feintes, son coup de patin ou son lancer frappé.

C’est également un mode de vie particulier, loin de ce que fait un «homme ordinaire». Il faut soulever des charges tellement lourdes que la moindre erreur technique ou un infime moment d’inattention peut provoquer de sérieuses blessures.

Il faut également adopter un régime de vie parfois plus austère qu’un moine: se coucher tôt, éviter tous les excès pendant des semaines voire des mois, des entraînements rigoureux et suivis à la lettre…

Devenir fort est une science, au même titre que les mathématiques. Il n’y a rien de facile là-dedans.

Mais la force, on connaît ça en Acadie.