Face-à-face: Doit-on privatiser les services au sein de nos hôpitaux?

BERNARD THÉRIAULT

Avant d’entrer dans le vif du sujet qui nous interpelle aujourd’hui, permettez-moi d’ouvrir une petite parenthèse pour vous témoigner de ma visite à Fredericton cette semaine.

Malgré ce que plusieurs personnes pourraient penser, je me rends rarement à Fredericton et mes contacts avec le gouvernement en place sont peu fréquents. Mais voilà que mercredi, alors que je me rendais faire un petit travail de recherche aux Archives provinciales j’ai décidé d’assister à la période de questions à l’Assemblée législative. C’était la première période de questions à laquelle j’assistais depuis mon départ de la scène politique en 2010. Première observation, rien n’a véritablement changé dans la Chambre si ce n’est les barrières de sécurité que l’on traverse pour y accéder.

Une fois à l’intérieur j’ai assisté à un échange peu reluisant, entre le leader de l’opposition Blaine Higgs et le premier ministre Brian Gallant sur la question de l’évaluation foncière. Le terme «période de questions» prend tout son sens, car si l’on pose beaucoup de questions, on ne reçoit pas beaucoup de réponses! Là où j’ai pris un peu plus de plaisir toutefois, c’est d’y revoir d’anciens collègues, puisque rappelez-vous qu’en plus de mes années McKenna j’ai siégé à l’opposition où plusieurs de mes collègues de l’époque siègent toujours. C’est à Denis Landry que revient l’honneur d’être le doyen des députés à l’Assemblée, car il y entreprend sa dix-huitième année de service. Il est aussi le seul député qui a siégé sous le gouvernement de Frank McKenna. Chez les conservateurs, à part Madeleine Dubé qu’on connaît très bien, il y a quatre autres députés qui ont étés élus en 1999 avec Bernard Lord. La durée moyenne d’une carrière de député n’atteint pas huit ans. Ceux qui y sont pour plus longtemps sont l’exception.

Revenons maintenant à nos moutons et parlons encore de cette tentative du gouvernement de privatiser certains services dans les cuisines de nos hôpitaux. Même si mon opinion n’est pas définitive sur cette question, il faut reconnaître que les conditions de travail et les salaires des employés sont protégés par la nouvelle structure qui ne fournira qu’un nouveau cadre administratif. Ceci étant dit, je ne pense pas que les économies et l’efficacité d’un tel changement vaillent le coup pour le gouvernement et que celui-ci ferait mieux de mettre ses énergies ailleurs d’ici l’élection. Les hôpitaux sont, dans la plupart des cas, les plus gros employeurs des régions où elles opèrent et sont nés d’engagements extraordinaires de la part de beaucoup de citoyens. Quant à l’argument employé par le docteur Dupuis que cette réforme enlève à la communauté francophone une partie du contrôle sur son institution, je lui demanderai si la structure actuelle de gestion de la pratique médicale dans notre province ne pose-t-elle pas un plus gros problème dans la capacité de nos institutions francophones à se gérer elle-même? La véritable question à poser est la suivante: les médecins prennent-ils trop de place dans notre système de santé et leur résistance aux changements n’est-elle pas plus néfaste que la question à savoir qui fait cuire les carottes dans nos hôpitaux?

 

JEANNOT VOLPÉ

Pourquoi le ministre de la Santé Victor Boudreau et le premier ministre Gallant s’acharnent-ils à vouloir détruire la régie Vitalité, l’une des plus grandes institutions francophones?

Pourquoi demeurent-ils sourds aux revendications de deux PDG et de deux conseils d’administration différents? Pourquoi demeurent-ils aveugles aux manigances de hauts fonctionnaires de Fredericton qui veulent vider la régie Vitalité de son contenu et rapatrier ses pouvoirs dans leurs bureaux de Fredericton? Qui tire les ficelles des deux marionnettes et qui tirera profit de toutes ces magouilles dont les grands perdants seront les régions francophones et leur service de santé?

Retour en arrière: les deux régies de la santé avaient été mandatées par le gouvernement Alward de mettre en place un plan afin d’améliorer l’efficacité et la performance et de réduire les coûts de la livraison des services. La régie Vitalité a livré ce qui lui avait été demandé avec grand succès. La régie Horizon était réticente et peu engagée. Le gouvernement Alward avait demandé aux deux régies de limiter leurs dépenses à 0% d’augmentation, ce que la régie Vitalité a réussi à accomplir. Par contre, la régie Horizon a augmenté ses dépenses de 1,7%, soit de 17 millions $.

Le gouvernement Alward, au début de 2014, avait entrepris des pourparlers afin de privatiser des services d’entretien ménager, de cuisine et de cafétéria. La régie Vitalité, qui avait déjà démontré des améliorations de sa performance et de son efficacité, n’y voyait aucun bénéfice, mais plutôt des coûts plus élevés. Par contre, la régie Horizon, qui n’avait pas fait les mêmes efforts, y voyait des bénéfices financiers. Le groupe Sodexo, à qui le gouvernement Gallant veut laisser la gestion des services hospitaliers, ne semble pas intéresser à entreprendre le projet sans inclure les deux régies.

Victor Boudreau ne veut rien entendre. Il va privatiser les services en justifiant que ce sera une façon de les uniformiser. Pourtant la régie Vitalité lui a clairement démontré cette semaine que les mêmes services avec Vitalité coûteraient environ 1,5 million $ de moins la première année et d’environ 3 millions $ par la suite. Alors, pourquoi ce manque de confiance envers les membres du conseil d’administration de la régie Vitalité aux dépens de quelques hauts fonctionnaires à Fredericton? Le sous-ministre responsable de ces négociations, Gordon Guilman, est aussi – tout comme Victor Boudreau – responsable de plusieurs fiascos financiers, dont les évaluations foncières fabriquées.

Dans ses efforts à vouloir satisfaire et plaire à l’électorat anglophone et à la régie Horizon, le gouvernement Gallant va-t-il aller jusqu’à détruire la régie Vitalité en la vidant une à une de ses responsabilités? Où sont les députés et ministres francophones? Pourquoi ne pas demander à la régie Horizon de faire son travail comme l’a fait la régie Vitalité et d’encourager l’effort? Le système privé de Victor Boudreau permettra aux dirigeants du secteur privé d’accumuler les profits au lieu d’être réinvestis en santé.

Qui profitera encore une fois de toutes ces magouilles?