Partager une base culturelle commune

Après quatre décennies du groupe musical 1755, l’omniprésence de leur musique au sein de l’imaginaire acadien est rendue au point que Honky Turkey est essentiellement devenu une expression française et que «le drum solo de la maudite guerre» est une mesure de temps utilisée régulièrement.

Par contre, c’est une erreur de prendre cette ubiquité comme étant transversale à l’ensemble de notre peuple. Dans les Badlands de l’Acadie, où consommer de la culture francophone demeure une occasion spéciale et un acte de résistance personnelle, même les artistes incontournables ne pénètrent pas la frontière invisible de l’assimilation culturelle.

Il y a des régions où, à une certaine époque, le statut de la langue française était tellement faible que l’assimilation a eu raison d’une génération entière. Aujourd’hui, dotées d’écoles françaises et de clauses étendant la définition d’ayant droit à l’éducation jusqu’aux individus ayant des grand-parents francophones, ces régions offrent aux enfants de la génération «perdue», vivant souvent dans des foyers unilingues anglophones, d’être instruits dans la langue que leurs parents n’ont pas eue le luxe de connaître.

Dans ces régions, l’école est souvent le seul espace tangiblement francophone de la communauté. Ce qui ajoute à ses responsabilités le devoir de transmettre une culture et ses référents aux élèves. Si Rue Dufferin n’est pas au curriculum, c’est entièrement possible que ces jeunes ne la croisent jamais dans la nature.

Dans le contexte de cette disjonction culturelle, 1755 lance sa collection de chansons sous forme de recueil comprenant textes et partitions. Ce qui permettra aux enseignants d’utiliser ce matériel en classe et aux «jammeux de party» de ne plus avoir à sauter les couplets qu’ils ne connaissent pas.

Certes, ce groupe est uniquement positionné pour ce concept, puisqu’il peut encore faire des spectacles très populaires en jouant le même matériel qu’il nous propose d’apprendre nous aussi.

Ce projet est un modèle à suivre. Faciliter notre accès à notre propre culture en nous permettant d’y prendre part concrètement nous aide à ressentir une appartenance à des référents artistiques communs et à partager une base culturelle sur laquelle nous pouvons tous construire ensemble.