En marche, cousins!

Holé que nos arrière-cousins français ont eu chaud! Finalement, c’est le jeune chef Emmanuel Macron qui a été appelé aux commandes de la cuisine politique française. Triomphe de la macrobiotique bon chic bon genre sur la marinade frelatée!

Nous venons d’assister à une sorte de remake de la querelle des Anciens et des Modernes. Dans cette version contemporaine, Marine Le Pen symbolisait le passé, les vieilles racines du sang profondément enfouies dans le sol du pays, l’attachement à des valeurs identitaires séculaires. En revanche, chez Emmanuel Macron, perçu comme un avatar de l’avenir, les racines seraient des connexions informatiques capables de transmuter les anciennes valeurs identitaires en nouvelles valeurs boursières!

C’était un combat radical: à droite du ring, le passé réel; et presque à gauche, l’avenir virtuel. Entre ces deux visions intangibles, le présent, cette zone de l’inconnu dans laquelle nous pataugeons à longueur de vie et qui nous sert d’alibi, les soirs d’élections. Et le présent, ce magma de prédictions technologiques et de désillusions économiques, aussi prometteur que menaçant, a tranché.

Aussi nettement qu’une guillotine.

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Le chef Macron a du pain sur la planche. En fait, il serait plus juste de dire qu’il aura de la volaille à plumer! Déjà, les coqs de campaniles ont entonné leurs cocoricos pour annoncer la couleur des vents qui tournoient dans le ciel de la morosité française: Marine Le Pen, du haut de sa défaite, crie victoire et se pose en opposition légitime, tandis que Jean-Luc Mélenchon, juché sur le clocher de sa France insoumise, en fait autant.

Entre les deux, d’autres paons, des jars, des chapons, des cailles et plusieurs girouettes se réclament du pouvoir et s’agitent en coulisses. Les macronistes, bien sûr, et les hollandistes, vallsistes, hamonistes, écologistes, et même des fillonnistes, juppéistes et sarkozystes, pour ne nommer que les plus en vue!

Enfin, attendez-vous à voir également apparaître dans le décor des poules mouillées retardataires, sans oublier quelques dindons de la farce politique.

Bref, la France d’Emmanuel Macron n’étant plus, officiellement, ni à gauche ni à droite, on se demande bien à quelle enseigne elle logera! François Bayrou, l’éternel centriste dépité, connaîtra-t-il son apothéose dans les habits de premier ministre? Portera-t-il enfin ses épaulettes?

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Vous aurez peut-être entendu qu’on a comparé le nouveau président Macron au premier ministre Justin Trudeau. Certes, notre Justin scintille de glamour, mais je ne sais pas si c’est flatteur. Et je crois que ça ne rend pas justice à ses qualités intellectuelles évidentes. Je parle de celles de Macron, manifestement!

Mais cette jeunesse, ce look branché, ce charisme médiatique ne sont pas suffisants en soi pour faire d’Emmanuel Macron le sauveur que certains croient avoir découvert. Ce faisceau de qualités, appréciables et bien réelles, doit annoncer quelque chose de plus grand, de plus haut.

Dans ce Canada du très médiatique Justin, on l’attend toujours ce «plus grand» et ce «plus haut». À l’exception du cannabis qui risque de faire grimper les fumeurs au nirvana et les anti-fumeurs dans les rideaux, je peine à trouver quelque chose de plus «élevant», et qui ne serait pas que de la boucane, dans le «roman national» du Canada actuellement. On est même en train de le caviarder, ce roman national, comme on a pu le constater dans la pathétique série de la Cibici anglaise The Story of Us.

Il y a, certes, l’aide à mourir qui a été votée par le Parlement. Mais croit-on vraiment insuffler une quelconque jouvence dans la vie politique en précipitant la mort de ceux et celles qui la réclament?

Quant à la promesse de refonder le mode scrutin pour le rendre plus en phase avec la mouvance des idées contemporaines, elle a été bêtement reniée par manque de volonté.

Est-ce que le manque de courage politique est un signe positif à envoyer à tous les désabusés du système que l’on prétend vouloir «séduire» et réconcilier avec la chose publique?

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Un autre point à retenir, c’est que Macron et Trudeau ont beau être tous les deux libéraux et porte-étendard des grands milieux économiques et financiers, l’un est quand même président d’une république et l’autre est fiduciaire d’une monarchie!

C’est-à-dire que le premier incarne la souveraineté du peuple, alors que l’autre incarne le peuple auprès de la souveraine! Méchante nuance!

Et c’est sans compter, ô crime de lèse-démocratie, que le premier est élu par 20 millions d’électeurs au suffrage national et que le second est élu par 26 391 commettants au suffrage… local. Ayoye!

Il y aurait peut-être lieu de se calmer le pompon en ce qui a trait aux comparaisons Trudeau-Macron, car il n’est pas certain qu’elles avantagent le Canada.

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Et puisqu’on en est aux comparaisons, on pourrait se demander si le premier ministre Brian Gallant ne serait pas l’Emmanuel Macron du Niou-Brunswick!

En partant, c’est 1 à 0 pour Brian: il est plus jeune que Macron! Et ça, la France ne peut pas l’enlever aux Acadiens! Yéé.

D’ailleurs, le Niou-Brunswick, province où l’on recense la plus forte proportion de personnes âgées au pays, a une longue tradition de jeunes premiers ministres.

Emmanuel Macron et Brian Gallant trippent tous deux sur la grosse finance et des trucs comme le libre-échange, même que le Niou-Brunswick entend négocier des ententes interprovinciales pour la vente d’alcool, avant de se faire sermonner par la Cour suprême.

(Pour vous dire jusqu’à quel point cette affaire de vente de bière est vieille, on en parlait déjà quand je suis arrivé au gouvernement, à Fredericton, en 1980. Deux ans avant la naissance de Brian!)

Et pour en finir avec la jeunesse des premiers ministres, je rappelle qu’à l’exception de David Alward, tous les premiers ministres élus de la province depuis Louis Robichaud étaient dans la trentaine! Et on ne peut pas dire que la province pète le feu!

Mais ils incarnent un espoir, pour ne pas dire l’espérance. Et l’espérance aide la conscience à avancer. Alors, félicitons la France pour l’espérance retrouvée! En marche, cousins!

Han, Madame?