Un buffet de culture

Ma compagne m’a fait cadeau du dernier livre de Bernard Pivot, La mémoire n’en fait qu’à sa tête. Il y réfléchit à voix haute à partir de brefs extraits ou d’anecdotes survenues lors d’entrevues avec des écrivains. Il ne fait pas exprès de les choisir, ces petites perles lui reviennent en mémoire d’elles-mêmes, d’où la mémoire qui n’en fait qu’à sa tête. À lire, c’est du bonbon, car véritablement Pivot nous gâte: il n’y a pas d’effort à faire et tout est bon.

Mais si je vous en parle, c’est surtout parce qu’au bout de 30 pages il a déjà évoqué Vialatte trois fois. Oui, Alexandre Vialatte (1901-1971), que m’avait fait connaître Michel Loingeville, un ancien coopérant français à l’Évangéline. Eh oui, ça remonte à loin tout ça.

Je suis loin de tout connaître de cet écrivain «célèbre et méconnu», mais ses chroniques constituent une œuvre littéraire sans égal. Il en écrivit dix mille au total, au rythme d’une par semaine, qu’il allait lui-même porter au chef du wagon postal du train de Lyon à Clermont, pour publication dans le journal La Montagne, que lisaient les bergers du centre de la France. Elles existent aujourd’hui regroupées (en format poche) sous des titres comme Et c’est ainsi qu’Allah est grand, Éloge du homard et autres insectes utiles et Dires étonnants des astrologues.

Voici quelques extraits, au hasard:

– Ce que l’homme a de bon c’est le chien. C’est même ce qu’il a de meilleur. Mais ce qu’il a de pire c’est le loup. Cette chronique, traitant de l’homme, est tenue de parler souvent du loup.

– Le besoin de connaître ne satisfait que la moitié de l’esprit humain, l’autre moitié ayant besoin de ne pas connaître afin de pouvoir s’émerveiller paisiblement.

– (Contexte: un serpent mamba surprend quatre savants.) Le savant barbu saisit une chaise et l’assomma d’un coup de dossier. Ensuite, il le mit dans une cage. Ensuite, ils s’essuyèrent le front. Ensuite, ils réparèrent la chaise.

Les chroniques de Vialatte regorgent de tant d’humour, de gai savoir et de français truculent qu’une seule mérite plusieurs relectures.

Allez, faites-vous plaisir!