Nous connaître à travers nos histoires

Belle coïncidence! C’était peut-être dans l’air du temps, mais ce mercredi, l’Acadie Nouvelle et le journal français Libération ont publié le résultat d’une enquête menée dans les programmes d’histoires du Nouveau-Brunswick dans un cas et de la France dans l’autre. En quelque sorte, leurs recherches respectives se ressemblent.

Le journal Libération voulait connaître comment était enseignée l’histoire de l’esclavage. Du côté de l’Acadie Nouvelle, c’est l’histoire de l’Acadie dans les programmes d’étude des écoles publiques anglophones qui faisait l’objet de l’enquête menée par le journaliste Pascal Raiche-Nogue.

Je ne veux pas faire, ici, de rapprochement entre l’histoire acadienne et l’histoire de l’esclavage même si, d’un point de vue purement académique, c’était très pertinent de faire cette analyse sous l’angle du rapport entre les groupes dominants et les groupes dominés.

C’est plutôt le rapport que nous entretenons avec l’histoire qui est dérangeant. Il faut dire que ce n’est pas facile de bien raconter l’histoire. Et, réciproquement, pour plusieurs, ce n’est pas facile d’apprendre son histoire, celle de ses ancêtres, de sa province, de son pays et du monde.

Par-dessus tout cela, il y a des intérêts particuliers qui viennent compliquer l’élaboration des programmes d’études de l’histoire… tout comme d’autres disciplines d’ailleurs. Dans le cas particulier de l’histoire, on le voit, il y a toujours des choix à faire dans ce qu’on choisit de présenter aux élèves et surtout, ce qu’on choisit de taire.

Prenons par exemple la série télévisée The Story of Us, diffusée sur les ondes de CBC. Le titre lui-même est un choix intéressant. Notre histoire… qui est ce «nous» et à qui réfère-t-il? Réfère-t-il aussi à ceux qui ne se reconnaissent pas dans cette histoire racontée? Est-ce un «nous» inclusif, même de ceux dont l’histoire n’est pas racontée?

Ce que l’histoire ne raconte pas ne peut plus exister. Prenons seulement la place des femmes dans la façon très masculine de raconter l’histoire jusque vers les années 1960. Le point de vue de la femme dans l’histoire est très souvent raconté du point de vue de l’homme. On ignore donc beaucoup du vécu des femmes sinon toujours du point de vue des hommes selon les valeurs dominantes de chaque époque.

Dans l’Acadie Nouvelle de mercredi, l’historien Maurice Basque propose une démarche pertinente en vue de la création d’un programme d’histoire provincial. Il suggère que le programme d’histoire soit élaboré par une équipe composée de représentants de la communauté anglophone, de la communauté acadienne et de représentants des Premières Nations autochtones de la province.

L’histoire, c’est à la fois notre mémoire collective et notre façon de nous raconter. Au fond, c’est notre rapport à nous-mêmes et aux autres. L’histoire nous rappelle qui nous sommes.

Pour les amoureux de l’histoire, il est inquiétant de constater le peu de place qu’occupe cette discipline dans la programmation hebdomadaire. Il est aussi inquiétant de constater qu’il y a tant de personnes qui n’aiment pas l’histoire ou la manière de l’apprendre.

Ne pas nous raconter ou effacer des pans de notre histoire, nous auto affliger d’une amnésie collective, en quelque sorte, c’est nous condamner à vivre à côté de notre destin. C’est nous condamner à ne pas nous assumer pleinement. C’est refuser la responsabilité de nos actions passées et celles à venir.