Une occasion manquée

Le Keptin John Joe Sark, de l’Île-du-Prince-Édouard est en colère contre Parcs Canada et contre sa province. Il demande que le nom du parc Port-la-Joye-Fort-Amherst soit changé pour en faire disparaître toute référence au Commandant Amherst, aux mains desquels ses ancêtres Mik’maq ont tant souffert. Parcs Canada hésite et le gouvernement provincial ne dit mot, un silence qui dérange tellement John Joe Sark qu’il vient de renvoyer sa décoration dans l’Ordre de la province.

C’est un débat que les Acadiens ne connaissent que trop bien: le nom de Moncton ne ravive pas de bons souvenirs, ni celui de Woolfville à côté de Grand Pré et la statue de Cornwallis à Halifax est offensante quand on pense au Grand Dérangement.

La démarche du Keptin Sark ne fait pas l’unanimité non plus parmi les autochtones de la province, ni dans la communauté acadienne de l’Île, car au-delà de sa demande, beaucoup de questions se posent: comment décider qu’un endroit ou un autre mérite un changement de nom? Faudra-t-il dresser une liste des noms à revoir? Attendre une demande précise? Faudra-il établir des critères d’atrocité? Déterminer, par exemple, si Moncton était plus «méchant» que Cornwallis et moins qu’Amherst? Qui en décidera?

Voilà qui aurait fait un superbe projet pour le 150e anniversaire de notre pays! On aurait pu utiliser les fonds dédiés à fêter pour y ajouter une large réflexion sur l’histoire, sur la manière dont elle est soulignée à travers notre grand pays et sur les dommages et les douleurs qu’elle cause encore aujourd’hui, réfléchir, ensemble, à des manières intelligentes et sensées de remettre les pendules de l’histoire à l’heure et de panser les plaies.

En ces jours où l’on ne parle que de réconciliation avec les peuples autochtones, il y avait là une occasion unique de donner du sens à notre anniversaire tout en répondant aux demandes de gens comme John Joe Sark.

Tout n’est pas perdu: le gouvernement du berceau de la Confédération pourrait lancer l’idée ou, pourquoi pas, la Société Nationale de l’Acadie qui jouerait ainsi pleinement son rôle de représentante du peuple acadien, pleinement engagée au respect de son histoire et à celle de son allié de la première heure: le peuple Mik’maq.