Face-à-face: Gérer les caprices de Dame nature

BERNARD THÉRIAULT

C’est la pluie cette semaine qui a dicté l’agenda des politiciens dans tout l’est du pays. Ici, au Nouveau-Brunswick, on a eu droit à un répit après une fin de semaine menaçante, où finalement on aura eu un peu plus de peur que de mal.

Ce fut cependant toute une autre histoire pour le Québec et une partie de l’Ontario où, au moment d’écrire ces lignes, une vaste partie du territoire est inondée et la situation est encore loin d’être réglée.

En constatant que plusieurs écosystèmes très éloignés les uns des autres subissent les fortes pressions de la crue printanière, il sera difficile pour les climatosceptiques de nier qu’il existe un lien évident entre ce printemps pluvieux et le réchauffement de la planète. Ceux qui ont suivis cette situation dans les médias cette semaine se seront  également rendu compte que les températures dans le Nord canadien sont beaucoup plus chaudes que dans le sud du pays, ce qui témoigne d’un dérèglement évident de notre environnement.

Comme observateur de la scène politique, je n’ai pu m’empêcher cette semaine de faire un parallèle entre les inondations au Québec et la crise du verglas ici en janvier. D’abord, la réaction des victimes dans les deux cas est similaire: on montre d’abord beaucoup de solidarité, on développe une résilience impressionnante et après une semaine on constate une frustration et une dose croissante de découragement et d’épuisement.

Dans le cas du verglas au Nouveau-Brunswick, après un peu de cafouillage dans les messages gouvernementaux, le premier ministre Gallant et ses députés ont vite fait de prendre les commandes et de demeurer sur le terrain pendant toute la durée de la crise. Même chose au Québec, où le premier ministre Couillard a consacré toute sa semaine à visiter les populations sinistrées.

Le premier ministre Trudeau a, quant à lui, une approche différente. Il  visite les sites de crises après qu’un certain calme soit revenu. C’est ce qu’il a fait au Nouveau-Brunswick cet hiver  ainsi que dans l’Outaouais cette semaine.

Une autre question qui s’est posée de façon identique pendant la crise du verglas et celle des inondations cette semaine: quand doit-on faire appel à l’armée en cas de crise? Si après coup, il est facile de critiquer les gouvernements pour leurs hésitations à utiliser les militaires, l’appel à l’armée implique toute une logistique et les Canadiens seront d’autant plus critiques si on en abuse. Rappelons-nous que Toronto a fait appel à l’armée il y a plusieurs années pour déblayer la ville après une tempête de neige, ce qui a couvert de ridicule les autorités municipales.

Bref, une constante se dégage de toutes ces crises. D’abord, il faut s’attendre à une recrudescence de ce genre de phénomène et la population doit faire un peu plus d’efforts quant à son niveau de préparation. Un conseil pour les climatosceptiques, équipez-vous de parapluies et de radeaux, ça ne fait que commencer!

JEANNOT VOLPÉ

Les inondations printanières créent une fois de plus  des dégâts de plusieurs centaines de millions de dollars au Canada. Plusieurs provinces, dont le Québec, ont été touchées de façon désastreuse.

Les images véhiculées sur différents médias nous font réaliser la force de la nature, mais aussi les faiblesses de nos systèmes de planifications domiciliaires ou autres. Chaque année, des plaines inondables sont aménagées afin de faire place au développement. Les volumes d’eau, occasionnés durant de fortes pluies ou lors de la fonte  printanière, se déplacent vers les terrains les plus bas. Une fois remplies, les plaines inondables ainsi réduites débordent et créent des inondations. Les puits sont contaminés par les champs d’épuration, créant des pénuries d’eau potable et des problèmes de santé.

Je me souviens lorsque j’étais au gouvernement provincial, que l’on recevait régulièrement des demandes pour développer des terres humides ou côtières. Dans certains cas, les promoteurs décidaient d’utiliser la logique qu’il est plus facile de demander le pardon que la permission. Ils allaient de l’avant en développant des terres humides ou côtières sans permission. Je me rappelle particulièrement d’un projet de quelques dizaines de millions de dollars à Shediac dans une zone humide et côtière. Les experts des ministères de l’Environnement et des Ressources naturelles avaient été accusés de vouloir faire avorter le projet en refusant de donner l’autorisation. J’avais alors demandé à une spécialiste américaine de venir visiter le site et ses conclusions avaient été les mêmes que celles des employés provinciaux. Pourtant les pressions sur les élus provinciaux avaient continué pour une bonne période de temps. Par contre, lorsque de tels projets sont approuvés et qu’un désastre survient, le gouvernement est le premier à être pointé du doigt comme responsable.

Au Madawaska, le fleuve Saint-Jean et la rivière Madawaska débordent de temps à autre à cause de fortes pluies ou d’embâcles printaniers. Plusieurs barrages sur la rivière Saint-Jean – Mactaquac, Beachwood, Grand-Sault et Edmundston – sont quelques fois accusés de faire partie du problème, en retenant le plus d’eau possible pour maximiser la production d’énergie électrique. Les résidents de Perth-Andover ont à plusieurs reprises accusé le barrage de Beachwood d’être responsable des embâcles de glaces qui causent des inondations des terrains et des résidences riveraines.

Une chose est certaine, les terrains près des cours d’eau ou de la côte offrent de beaux endroits pour y construire des résidences, mais sont beaucoup plus à risque lors d’inondations. Les compagnies d’assurances l’ont bien compris et ordinairement ajustent leurs taux en conséquence, ou refusent simplement d’assurer la propriété à trop grand risque.

Pourtant, chaque année, une fois que l’eau s’est retirée, il semble que les résidents continuent de penser que les avantages qu’offrent leurs résidences riveraines sont plus nombreux que les désagréments occasionnels que Dame nature envoie de temps à autre. n