Née à Saint-Isidore dans la Péninsule acadienne, Rachel Haché a grandi dans le sud-est du Nouveau-Brunswick, en plus de passer ses étés à Montréal et ailleurs au Québec. Celle qui se considère comme une «adroite copieuse d’accents» n’est donc pas trop dépaysée dans la trilingue Belgique, où elle mène une carrière dans le domaine de la formation et des ressources humaines.

«J’ai été déportée à Dieppe à l’âge de 7 ans, raconte celle qui fêtera bientôt son 30e anniversaire. Plus tôt que tard, je parlais chiac comme une native. Mais quand je retournais dans la Péninsule, je laissais toujours mon franglais derrière pour vite reprendre mes mots archaïques bâtards.»

Cette «caméléon linguistique» se plaît donc en Belgique, où la langue est «belle, ni française, ni québécoise, ni suisse; c’est hybride, drôle, léger et frais».

«J’attrape les accents comme des virus ultras contagieux, ajoute Mme Haché. Du coup, je perds complètement mon identité acadienne auprès de mes compatriotes belges. Mes mots préférés: Oula! c’est ouf ça! Tcheu dis! Tu me racontes des carabistouilles?»

«Par contre, suffit un appel de ma mère pour voir (mes amis Belges) me regarder avec des yeux genre: wow, c’est quoi cette langue? Apparemment j’ai même une autre voix en “canadien”», dit-elle en riant.

L’histoire d’amour entre cette énergique jeune femme et la Belgique dure depuis bientôt neuf ans.

C’est après avoir séjourné à Barcelone pendant un an dans le cadre de ses études à l’école Mathieu-Martin de Dieppe (lire encadré) que Rachel Haché a développé le goût de découvrir le monde.

«À mon arrivée à l’Université de Moncton (où elle a fait des études en langues et en littérature moderne, de 2006 à 2008), je me suis tout de suite informée pour faire une année d’étude à l’étranger. J’espérais retourner en Espagne, mais on m’a proposé Poitiers en France, ou Bruxelles en Belgique… Le choix de Bruxelles (“Bru-sssss-elles et non pas Brukselles”) m’a paru naturel à l’époque. Je ne suis jamais rentrée depuis.»

Après des études en communications multilingues à l’Université Libre de Bruxelles et en Management international et multiculturel à l’Institut catholique des hautes études commerciales de Bruxelles, elle a débuté, en 2013, une carrière de coordonnatrice au développement et à l’apprentissage au bureau belge d’une grande société de consultance en stratégies (McKinsey).

«Mon long titre veut dire que je suis je suis responsable de formation et de développement professionnel, c’est-à-dire que j’accompagne les consultants tout au long de leur carrière sur différents aspects, soit: l’intégration dans l’entreprise, l’évaluation semi­annuelle, les formations et le coaching sur les sujets de développement professionnels et personnels», explique Mme Haché, dont le conjoint (Gauthier Roelants) travaille également chez McKinsey.

Celle qui, enfant, rêvait de devenir dentiste, semble filer le parfait bonheur dans son métier.

Elle dit adorer les gens exceptionnels et passionnés qui l’entourent, la flexibilité de son horaire, les occasions d’apprentissage «qui semblent infinies» et le fait de pouvoir se déplacer (par exemple à Copenhague, à Amsterdam ou à Stockholm) pour donner des formations ou des conférences.

Celle qui a encore de la famille à Dieppe, Scoudouc, Allardville et Tilley Road espère maintenant monter en grade chez McKinsey et devenir cadre.

Quant à un éventuel retour en Acadie, elle souligne que «le futur, c’est le présent, donc je n’en sais rien», ajoutant avoir un faible pour la région de Memramcook «pour ses paysages reposants et ses gens authentiques».

«À quoisse que j’pensais?»

Fille d’un pilote d’avion, Rachel Haché souligne avoir découvert sa «fibre globe-trotteuse» toute jeune.

Sa vie a toutefois changé du tout au tout en 2005-2006, quand elle a fait un voyage d’études d’un an à Barcelone alors qu’elle fréquentait l’école Mathieu-Martin de Dieppe.

«J’y ai suivi des cours d’espagnol et j’en ai profité pour voyager dans plusieurs pays de l’Europe de l’Ouest. Mais c’est surtout là que j’ai vécu mon plus grand choc culturel.»

C’était en effet la première fois qu’elle voyageait à l’étranger et qu’elle quittait le nid familial.

«Équipée de mon seul cours d’espagnol de Mathieu-Martin, je suis débarquée à Barcelone en larmes. À quoisse que j’pensais?»
Un an plus tard, à son retour à Moncton, elle était «transformée».

«J’avais découvert le multiculturalisme, le multilinguisme, Dali, Miro, l’architecture de Gaudi, le catalan, et un monde entier à explorer encore plus… Mon désir de devenir dentiste s’est alors transformé par une passion pour les langues, les accents, les dialectes et les cultures qui les accompagnent.»

Cette aventure a convaincu l’Acadienne des bienfaits des voyages, elle qui a récemment visité l’Indonésie, le Vietnam et le Mexique, et qui se propose de découvrir la Colombie pendant cinq semaines cet été.

Bruxelles la belle

Amoureuse des langues et de la culture, Rachel Haché est dans son élément à Bruxelles, «le coeur de l’Europe où le multiculturalisme est à son point culminant».

«Ce qui fait le charme de la ville, c’est de pouvoir marcher dans la rue et entendre cinq langues différentes en trente minutes. C’est magique et ça me permet de voyager au quotidien», raconte-t-elle.

«Il y a de tout, partout. Diversité culturelle, identitaire, culinaire… Les paysages sont magnifiques, c’est une ville verte. Avec ses deux millions d’habitants, c’est une grande ville, mais en même temps, c’est aussi un village.»

«La vie y est plutôt relaxe. Quand le soleil se montre le nez, on a l’impression que le pays entier se jette sur les terrasses», ajoute-t-elle, en disant avoir un faible pour l’autodérision belge.