Face-à-face: Le défi politique du vieillissement de la population

BERNARD THÉRIAULT

Ceux qui croient que la relève en Acadie ne peut prendre sa place dans notre société devront admettre que du côté artistique, on a réussi tout un exploit avec le super spectacle Acadie Rock à Montréal.

Bravo à nos artistes émergents qui non seulement prennent leur place sur les grandes scènes, mais le font de façon originale, s’éloignant, Dieu merci des clichés folkloriques de l’Acadie déportée. Mais qu’en est-il de la politique? Y trouvera-t-on là aussi une relève sûre d’elle-même, capable de défoncer les frontières de la politique traditionnelle? Sur ce plan, le transfert générationnel est moins évident. Bien sûr les organisations étudiantes, et plus récemment la SANB, ont réussi le virage générationnel en élisant de nouvelles équipes et de nouveaux dirigeants, mais cela dans un contexte de crise et d’acharnement d’une vieille garde qui refuse de laisser à une autre génération le contrôle de notre devenir.

Historiquement, on a  choisi des chefs relativement jeunes dans la province. Rappelons-nous qu’à l’exception de David Alward en 2010, tous nos premiers ministres depuis Louis Robichaud en 1960 se sont fait élire pour une première fois avant l’âge de quarante ans, ce qui signifie que les électeurs du Nouveau-Brunswick choisissent souvent la jeunesse avant l’expérience.

Dans ce contexte où la population du Nouveau-Brunswick est parmi les plus âgées du pays et que les mouvements de population affaiblissent les régions du Nord au détriment de celles plus urbanisées du sud, verrons-nous bientôt des choix électoraux qui reflètent réellement les groupes d’âge de notre population? Pourrons-nous parler davantage de politiques natalistes et de conciliations travail-famille, plutôt que de foyers de soins, d’hôpitaux extramural et de retraite à 55 ans? Pour ce faire, il faudra pour les partis politiques faire preuve de plus d’audace. Aucun de nos partis politiques n’a d’aile jeunesse qui fonctionne véritablement, ce qui n’était pas le cas 30 ans passé.  Qui plus est, on dit souvent que la génération des millénaires qui commencent à s’imposer dans notre société est peu encline à l’engagement politique et communautaire. De plus, elle ne répond pas au téléphone et ne vote que très peu! À quoi doit-on s’attendre des prochaines élections dans ce contexte de changements démographiques important dans notre société? D’abord, sauf le Parti libéral dont le chef est particulièrement jeune, on ne reconnaît que très peu de candidats capables de bien exprimer les changements fondamentaux de notre société. Pour faire voter les jeunes, il faudra que quelqu’un parle d’eux et travail pour eux. Pour faire voter les régions, il faudra là aussi que quelqu’un parle véritablement de ruralité et de  gouvernance locale plutôt que de parler de prudence fiscale et de croissance économique. C’est en sortant massivement voter que les jeunes se sont débarrassés du gouvernement de Stephen Harper. S’ils le veulent, ils peuvent avoir le même impact au N.-B. En dépit des apparences, le Parti vert tout comme le NPD semblent eux aussi puiser dans des idées d’une autre époque. Seul le Parti libéral, s’il le veut, peut faire une place aux changements. C’est toujours vers ce parti que les Néo-Brunswickois se sont tournés quand ils veulent un véritable changement!

JEANNOT VOLPÉ

Le vieillissement de la population au N.-B. pourrait non seulement avoir des conséquences sur le système de santé, mais aussi sur le portrait politique de la province.

L’âge médian au N.-B. est passé de 24,6 en 1973 à 43,9 en 2013. Alors qu’en 2013 environ 17,6% de la population avait 65 ans et plus, ce pourcentage passera à 31,3% en 2038 selon les projections.

D’après Richard Saillant, «de 1980 à la fin des années 2000, la province a pleinement profité du dividende démographique» découlant du fait que les baby-boomers étaient en âge de travailler. Le

N.-B. est davantage touché par ce phénomène que l’ensemble du Canada. Il poursuit en disant que «dans les années à venir, les effets du vieillissement de la population continueront de se faire sentir beaucoup plus au N.-B. que dans l’ensemble du Canada.»

Tout ce beau monde qui a contribué à l’activité économique du N.-B. a commencé à rejoindre le groupe qui reçoit des services. Les partis politiques essaieront, de par leurs positions, de charmer ce groupe dont le nombre continuera d’augmenter au cours des 20 prochaines années. Une population est composée du groupe de ceux et celles qui travaillent et contribuent et de celui qui reçoit. Si vous demandez à ceux et celles qui reçoivent si ils et elles veulent de meilleurs et plus de services, la réponse sera certainement positive. Par contre si vous demandez au groupe qui contribue au financement de services par un fardeau de taxes de plus en plus élevé, la réponse sera différente.

Les partis politiques, NPD et libéral, ont ordinairement une tendance beaucoup plus ouverte à dépenser l’argent des autres afin d’être populaires. Le N.-B. a déjà un des plus lourds fardeaux fiscaux de toutes les provinces canadiennes. Une façon d’améliorer les services serait de trouver des efficacités afin de réduire les dépenses, sauf que M. Gallant a déjà dit publiquement que le processus de recherche d’efficacité était terminé.

Le poids électoral passe graduellement d’un groupe qui était sur le marché du travail et essayait de conserver davantage de leur argent durement gagné, à un groupe qui rejoindra ceux et celles qui dépendent en grande partie du gouvernement. Je me souviens qu’il y a quelques années, environ 90% des coûts des foyers de soins étaient couverts par le gouvernement. Si l’on ajoute les jeunes de 16 ans qui veulent avoir le droit de vote, le groupe de ceux et celles qui dépendent des programmes gouvernementaux sans y contribuer sera encore plus nombreux. Il faudra donc beaucoup de courage et de leadership pour faire face à un groupe de plus en plus nombreux qui en demande davantage.

Il faudra que les prochains gouvernements soient très prudents. Si le gouvernement dépasse ce qui est acceptable pour le groupe qui contribue, les électeurs pourraient voter avec leurs pieds et quitter la province créant un problème encore plus grave.