David Whittom: à quand une enquête?

Ça va faire bientôt un mois que le boxeur originaire de Saint-Quentin, David Whittom, repose dans le coma dans un hôpital de Saint-Jean. À attendre un miracle que nous souhaitons tous. Mais pendant ce temps, le silence radio autour de cet accident est troublant. Et très inquiétant.

Oui, il y a bien eu, pendant quelques jours, des commentaires d’un peu tout le monde concerné de près ou de loin par les sports de combat au Nouveau-Brunswick. Mais ensuite? Plus rien. On est passé à autre chose. On regarde ailleurs. Parce que la vie continue.

Peut-être, mais ce n’est pas comme ça que nous pourrons tirer des leçons de cette soirée du 27 mai au Centre Aitken de Fredericton!

Et pour tirer des leçons, il faut étudier ce qui s’est passé. Étudier attentivement l’avant, le pendant et l’après-combat de Whittom contre Gary Kopas. Pas pour trouver des coupables, entendons-nous bien, mais pour que cet accident ne se reproduise pas de sitôt dans une arène du Nouveau-Brunswick.

Pourquoi a-t-on laissé cet homme, à la fiche déficitaire et clairement en fin de carrière, livrer un dernier combat? Pourquoi a-t-on accepté son dossier médical? À quand ont remonté ses derniers examens? Ce qui lui est arrivé est-il le résultat d’une accumulation de coups à la tête ou encore le coup fatal porté à la tempe gauche? L’arbitre aurait-il dû arrêter le combat dès sa première intervention? Les médecins qui ont examiné Whitton dans l’arène ont-ils suivi toutes les règles? Aurait-on dû l’accompagner à sa sortie du centre afin de s’assurer que tout va bien? Aurait-on pu agir plus rapidement dès l’apparition des premiers symptômes?

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Comme vous voyez, les questions – il y en a certainement une dizaine d’autres – sont nombreuses. Les spéculations aussi. Mais des réponses claires, il y en a beaucoup moins.

C’est pourquoi nous demandons – nous exigeons plutôt – une enquête exhaustive sur ces événements tragiques.

Nous interpellons le ministre de la Santé, le ministre responsable des Sports et même le premier ministre Brian Gallant s’il le faut. Peu importe qui prendra la décision et qui la mènera, cette enquête devra démontrer son sérieux en aboutissant à des recommandations claires qui encadreront mieux les sports de combat et la santé de ses participants.

Il y a quelques jours, un incident semblable est survenu à Edmonton, pendant un gala de boxe qui, comme tous les autres galas, n’annonçait pourtant en rien de ce qui allait suivre.

Tim Hague, un costaud âgé de 34 ans, est monté dans le ring avec une fiche d’une victoire et de deux défaites en boxe après une carrière de 34 combats en arts martiaux mixtes de 2006 à 2016.

Quatre de ses cinq derniers combats en arts martiaux mixtes s’étaient terminés par un K.-O. Il aurait même caché une commotion cérébrale subie deux mois plus tôt.

Son opposant, Adam Braidwood, un ancien joueur de la Ligue canadienne de football chez les Eskimos d’Edmonton, avait nettement l’avantage avec sa fiche de 7-2.

L’arbitre a arrêté le combat au deuxième assaut, après que Braidwood ait atteint solidement Hague à la tête. Le perdant, sonné, a néanmoins quitté sur ses pieds. Ce n’est qu’après que les vrais problèmes ont commencé. Ça ne vous rappelle pas quelque chose?

Une sérieuse blessure au cerveau a mis fin à la vie de cet homme après 36 heures passées aux soins intensifs d’un hôpital à Edmonton, laissant notamment dans le deuil un garçon âgé de 9 ans.

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Il faut savoir que l’Alberta est la seule province sans commission athlétique qui régit les sports de combat. Mais la Ville d’Edmonton n’a pas hésité. Elle a décidé d’instaurer une enquête sur ce qui est survenu en cette soirée du 16 juin. Pas pour désigner un quelconque coupable, loin de là. Pour se servir des leçons de cette tragédie afin qu’elle ne se reproduise pas.

Évidemment, cela ne ramènera pas à la vie Tim Hague. Mais au moins, on aura pris le taureau par les cornes. Et si ça parvient à éviter une autre catastrophe, ce sera ça de gagner.

Que deux personnes s’affrontent dans une arène et se tapent sur la margoulette, soit. Elles le font en toute connaissance de cause, elles se sont entraînées pendant des mois et elles sont au courant des possibles conséquences. Mais assurons-nous, en tant que société, de leur offrir un environnement le plus sécuritaire possible.

Pendant ce temps, au Nouveau-Brunswick, la famille de David Whittom est au chevet de cet homme inconscient depuis bientôt un mois, branché à une machine. Elle vit un calvaire humain que nous ne souhaitons à personne.

Autour de lui, les organisations touchant de près ou de loin la présentation de sports de combat au Nouveau-Brunswick sont en mode attente. Mais en attente de quoi au juste? Qu’un miracle se produise? Que Whittom aille mieux? Que la famille prenne la douloureuse décision de le débrancher?

En 1980, quand Gaétan Hart a envoyé au plancher Cleveland Denny qui devait en mourir quelques jours plus tard, le Québec n’a pas hésité à mettre en place une commission sur ces événements tragiques, ce qui allait mener plus tard à la création de la Régie de la sécurité dans les sports du Québec.

Pourquoi ne pas faire la même chose chez nous? Arrêtons d’attendre et agissons. Nous demandons une commission d’enquête sur l’accident tragique de David Whittom le 27 mai. Nous devons savoir.

Parce que pareille tragédie ne doit pas se reproduire. Il y en a eu une et c’est une de trop.