Face-à-face – Le fiasco des évaluations foncières

BERNARD THÉRIAULT

Les maires grognards en avaient long à dire cette semaine devant le gel imposé aux évaluations foncières par le gouvernement Gallant. C’est l’histoire de l’arroseur arrosé!

Eh oui, toutes ces municipalités qui n’en finissent jamais de piaffer au début de chaque année qu’ils ont réussi l’exploit de ne pas augmenter les taxes – alors que c’est complètement faux – se sont fait prendre les deux mains dans le sac! En gelant ainsi l’évaluation pour l’année 2018, le gouvernement met au grand jour le stratagème qui fait que les municipalités engrangent chaque année des millions de dollars en revenus fonciers sous de nébuleuses raisons parfois reliées à l’inflation et parfois reliées à la valeur du marché. Bien certainement, les maires vous diront qu’ils ne sont pas responsables des évaluations, mais ils oublieront de vous dire que presque tous les revenus des taxes de propriété leur reviennent. Je prends l’exemple de ma résidence à Caraquet. Entre 2013 et 2017, ma facture de taxe a augmenté de 44% alors que l’inflation pour cette période au Nouveau-Brunswick dépasse à peine les 10%. Aucune rénovation, ajout ou modification à ma demeure. Et Caraquet est loin de vivre une bulle immobilière comme c’est le cas dans de plus grandes villes. Par surcroît, sauf pour une année, la ville s’est toujours vantée de ne pas avoir augmenté les impôts de ses citoyens. Cet exemple pourrait s’appliquer à toutes les municipalités de la province, qui jamais ne font bénéficier leur résident de diminution de taxe quand l’évaluation foncière le justifierait.

Les municipalités qui jouent aux vierges offensées dans la crise de l’évaluation foncière ont généralement des budgets dont la croissance dépasse la plupart du temps celui du gouvernement provincial. De plus, côté transparence, ils n’impressionnent personne. Tentez donc par exemple de savoir le salaire du directeur général de votre municipalité ou encore d’avoir accès aux allocations de dépenses des élus. Quand on sait que toutes ces statistiques sont disponibles pour les ministres et sous-ministres au gouvernement provincial, pourquoi ces chiffres ne sont-ils pas accessibles dans un trop grand nombre de municipalités?

Nos villes et villages ont beau dire qu’ils n’ont rien à voir avec le processus d’évaluation, ils doivent reconnaître qu’ils en sont cependant les grands bénéficiaires et que ceci leur confère des responsabilités en matière de transparence et d’efficacité. Je sais pertinemment bien que les municipalités, sans s’ingérer dans l’évaluation foncière, sont très rapides à faire des pressions sur le service d’évaluation quand certains quartiers d’une municipalité n’ont pas vu d’évaluateurs pour quelques années. Ou encore, les municipalités acceptent très mal qu’on déprécie des bâtiments qui ont perdu de la valeur au fil des ans. J’ai été surpris par exemple d’entendre un maire cette semaine dire que la province aurait pu trouver une autre formule, et je cite «on peut faire des ratios, on peut faire des moyennes». C’est exactement ce qui s’est passé l’an dernier: on a tenté de faire des ratios et des moyennes et on s’est retrouvé dans le merdier où nous sommes aujourd’hui. Que les municipalités endurent leur mal pour une année seulement, car ils seront les grands gagnants de cette réforme!

 

JEANNOT VOLPÉ

Un gel des évaluations foncières à l’aube d’une élection provinciale est un autre signe d’un gouvernement en panique.

Le ministre Serge Rousselle dit que ce sera une façon de ramener la confiance dans le processus d’évaluation, d’assurer l’équité et d’aider à prévoir. En transférant la gestion des évaluations au secteur privé, il condamne ainsi les fonctionnaires. Pourtant, la responsabilité du fiasco est l’intervention de Brian Gallant qui voulait accélérer le processus et aller chercher plus rapidement l’argent des contribuables.

Les maires de plusieurs municipalités de la province voient d’un très mauvais œil ce gel des évaluations foncières. Un conseiller de Saint-Jean croit que c’est une erreur, un geste stupide et une promesse à saveur électorale. Le maire de Petit-Rocher dit que c’est totalement inacceptable alors que le maire d’Edmundston croit que sans une compensation, la décision du gouvernement ne fait aucun sens.

Une progression normale et équitable de la valeur des propriétés permet aux municipalités et au gouvernement provincial de livrer les services requis par la population. Le coût de ces services, que ce soit: les salaires, les réparations et l’entretien ou autre, augmentent ordinairement d’année en année. Les revenus des évaluations proviennent de trois sources, soit la valeur des propriétés existantes, les nouvelles constructions et le taux de taxation appliqué à ces évaluations. Si les évaluations sont gelées par la province, les sources de revenus proviendront des nouvelles constructions ou d’augmentation du taux de taxation appliquée aux valeurs des propriétés. Le gouvernement provincial vient de confirmer qu’il ne peut s’acquitter de ses responsabilités de façon responsable et transfert donc la responsabilité d’aller chercher de nouveaux revenus aux municipalités.

Le premier ministre Gallant a dit très clairement à Saint-Jean que la recherche d’économie et d’efficacité était terminée. La province, qui est déjà en position financière très précaire, n’aura pas les montants espérés par le maire d’Edmundston à moins que l’année d’une élection soit une raison très valable pour accélérer la chute dans un gouffre financier.

Tout le monde le sait très bien et les faits le confirment, les libéraux de Brian Gallant ont une très grande dépendance à l’argent. Ils savent comment aller la chercher et encore mieux comment la dépenser. Les taxes et les augmentations de frais de service de toutes sortes qui ont été imposées depuis leur arrivée au pouvoir en sont des signes indéniables. La nouvelle taxe sur le carbone et celle sur la marijuana viendront rejoindre la TVH et augmenteront encore une fois le fardeau financier des contribuables du

N.-B. qui sont déjà les plus taxés au Canada.

Alors, comment croire que les libéraux de Brian Gallant voudraient geler une source de revenus en année d’élection sinon pour revenir en force en 2019 s’ils sont réélus. Il faudrait vraiment être aveugle et sourd pour ne pas voir et entendre clairement les magouilles politiques qui sont la marque de commerce de ce gouvernement.