Stages non rémunérés: le problème est-il ailleurs?

En avril sont apparues des affiches un peu partout sur le campus de Moncton de l’Université de Moncton sur lesquelles il est écrit: Mon stage me ruine! Il s’agit d’une campagne majeure de la Fédération des étudiantes et étudiants du centre universitaire de Moncton (FÉÉCUM).

Au fil des dernières années, de nombreux étudiants commencent à avoir du mal à arriver pendant leurs études, notamment ceux qui font des stages. La dette moyenne d’un étudiant universitaire néo-brunswickois est de 35 000$. Selon Statistique Canada, il s’agit de la moyenne la plus élevée au Canada au même titre que les autres provinces de l’Atlantique.

En un sens, quand on pense au coût de la vie à Toronto ou à Vancouver, on peut s’étonner de ce titre peu enviable de champion de l’endettement étudiant. Les données de Statistiques Canada montrent également que l’investissement public dans le financement des universités au Nouveau-Brunswick est meilleur (en 2013-2014) que celui de l’Ontario et comparable à celui de la Colombie-Britannique.

Or, les chiffres sont là. L’endettement étudiant est un lourd fardeau sur les épaules de nos jeunes adultes qui terminent leurs études. Un jeune couple peut facilement se retrouver avec deux dettes d’études qui égalent le coût d’une hypothèque.

On peut donc comprendre, dans ces conditions, que les étudiants cherchent par tous les moyens de diminuer les frais d’études. Lorsque les droits de scolarités constituaient une dépense parmi tant d’autres, le fait que les stages n’étaient pas rémunérés ne posait pas un si grand problème comme c’est actuellement le cas. Il s’agissait d’une question intéressante, voire éthique. Désormais, dans certains cas, c’est une question de se rendre à la fin du mois.

La ligne est parfois mince entre le travail et la formation. Je me demande s’il n’est pas un peu là le problème, c’est-à-dire dans la manière dont est abordée la question de la formation en milieu de travail.

La pression est énorme pour que les institutions de formation postsecondaire fournissent à l’industrie (privée ou publique) des employés «clé en main». En d’autres mots, c’est comme si les employeurs veulent se déresponsabiliser du coût de la formation après l’embauche. Et pourtant, ne serait-ce que pour transmettre la culture de l’entreprise, il doit toujours y avoir une période de transition lors de l’embauche d’un nouvel employé.

Ce faisant, il y a une pression sur les institutions postsecondaires pour que la formation se transforme en travail puisqu’il faut que le diplômé soit prêt à entrer sur le marché du travail le plus prêt possible. Il est alors facile de ne plus être en mesure de faire la distinction entre ce qui relève de la formation et ce qui relève de l’emploi.

Le modèle en médecine est à cet égard intéressant. Il y a d’abord une formation pendant quatre années en médecine générale où les stages sont non rémunérés. Ensuite, lorsqu’ils se spécialisent, les étudiants deviennent rémunérés même s’ils sont toujours en formation. Il y a des corps de métiers, comme les électriciens et les pilotes d’avion, qui doivent accumuler des heures de travail (rémunérées) avant d’être complètement indépendants.

Les programmes d’aides financières annoncés par le gouvernement provincial aideront sans doute à alléger le fardeau. Mais le principe m’apparaît clairement: lorsqu’un travail est effectué, il doit y avoir une rémunération ou, à tout le moins, il doit y avoir une compensation. Plus qu’une dépense, il s’agit d’un investissement.