Pas de Jeux sans amitié

Au tour de Fredericton de vivre la frénésie et l’énergie des Jeux de l’Acadie, en fin de semaine. Depuis mercredi, la capitale arbore autant de couleurs qu’il y a de délégations. Du jaune, du rouge, du pourpre, du vert, du vert forêt, du bleu, du violet, du gris, du mauve. Quelle belle diversité!

Plus d’un millier de jeunes athlètes provenant des quatre provinces de l’Atlantique vivent actuellement un moment magique à travers le sport et la culture. Un moment d’une rare intensité qu’ils n’oublieront pas de sitôt, peu importe la victoire ou la défaite.

Un moment unique aussi, pour ceux et celles qui auront eu la chance de côtoyer, ne serait-ce que quelques secondes, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, en visite éclair sur quelques lieux de compétition jeudi.

Les égoportraits ont été nombreux…

Depuis quelques années, les notions de victoire et de défaite sont de moins en moins importantes à la finale provinciale, dont nous célébrons la 38e présentation en fin de semaine.

Elles laissent la place à quelque chose d’encore plus important dans le coeur des jeunes: l’amitié.

En début de semaine, vous avez eu la chance de lire, dans nos pages, les objectifs des délégations du Restigouche, de Chaleur, de la Péninsule acadienne, de Kent, du Madawaska-Victoria et du Sud-Est.

Chacune misera sur ses forces afin d’obtenir une ou plusieurs bannières de champions. Le Restigouche voudra s’imposer dans les sports par équipe. Dans Chaleur, le soccer devrait leur donner de beaux succès. La Voix des groupes pourrait donner une troisième bannière de suite à la Péninsule acadienne. L’athlétisme sera sans contredit la force de Kent encore une fois alors que, à moins d’une grande surprise, le vélo de montagne demeurera la chasse gardée du Madawaska-Victoria. Enfin, le Sud-Est cherchera, comme toujours, à poursuivre sa longue tradition d’excellence aux Jeux.

Mais au-delà de tout ça, toutes les délégations ont une visée claire: mettre la main sur le fameux Prix de l’Amitié, qui est campé dans le Restigouche depuis trois années de suite.

C’est rafraîchissant de constater à quel point les missions de chacune des délégations misent maintenant sur la camaraderie dans le sport et la culture à travers la formule des Jeux de l’Acadie. Tellement en fait que l’on se surprend à penser que les bannières sont devenues des points boni dans cette belle et grande aventure.

Prenons le Sud-Est. Malgré tous ses succès sur le terrain – et Dieu sait comment ils ont été nombreux depuis le premier rendez-vous de 1979 -, les Gris n’ont jamais réussi à remporter le Prix de l’Amitié. Ce n’est pas rien.

Alors, quand on entend la chef de mission Monique Bourque indiquer que l’obtention de cet honneur vient tout en haut de sa liste, on ne peut que lui souhaiter d’y arriver le plus rapidement possible.

Parce qu’on se demande bien ce que seraient les Jeux de l’Acadie sans l’amitié? C’est à la base même de ce rassemblement annuel de notre jeunesse acadienne parce que c’est son carburant.

Un ami vaut davantage que toutes les bannières sportives que l’on peut remporter dans ces compétitions. Tous ces jeunes vont découvrir de nouvelles visions des choses et de la vie à travers des adversaires qui deviendront leurs amis. Parfois même des amis pour la vie.

L’amitié est plus forte et plus durable que la compétition. La main tendue vers l’autre, qu’importe qu’il soit un adversaire, signifie tellement plus qu’un quelconque pointage affiché sur un tableau.

Certains regrettent que la Société des Jeux de l’Acadie ait délaissé l’aspect compétitif de la finale provinciale, à travers la disparition de sports tels la balle molle féminine, le tennis mixte ou encore le basketball masculin. Il est vrai qu’on prive certains jeunes d’exprimer leur talent sportif à travers une vitrine exceptionnelle.

Ces transformations ont engendré un doute dans l’esprit de plusieurs personnes. Il y a des gens qui n’étaient pas convaincus. Pourquoi accorder une place à la culture? Pourquoi ajouter le frisbee ultime et le vélo de montagne, des sports où l’Acadie n’a presque pas de tradition, au détriment de disciplines encore pratiquées par plusieurs jeunes?

C’était jouer gros.

Mais il faut aller plus loin que ça.

Ces jeunes grandiront certes à travers les vertus de la collaboration et de la saine compétition. Dimanche, quand ils monteront dans les autobus pour retourner à la maison, ils auront la tête pleine de beaux souvenirs. Ils seront épuisés, mais heureux. Parce qu’ils ont gagné? Peut-être un peu. Mais surtout parce qu’ils auront goûté à ce que l’Acadie peut offrir de meilleur, c’est-à-dire la joie de se retrouver entre nous à apprécier nos points communs et nos différences.

Ces jeunes deviendront nos prochains meneurs de notre société acadienne. Ils seront chefs d’entreprise, travailleurs, enseignants, journalistes peut-être. Ils revendiqueront. Ils questionneront. Un d’eux deviendra premier ministre, qui sait?

Mais quand ils se souviendront des Jeux de l’Acadie, les images qui viendront seront ces beaux moments d’amitié.

Car sans amitié, il n’y a pas de Jeux.