Choukran, les p’tits

Je suis allé jouer au basketball près de chez moi l’autre soir pour me changer les idées.

En arrivant, j’ai remarqué trois femmes voilées qui jasaient de l’autre côté du parc. Quelques enfants jouaient près d’elles dans le gazon.

Je me suis mis à penser à ce que doivent vivre ces dames, fort probablement des réfugiées syriennes.

Certaines familles syriennes sont ici depuis maintenant plus d’un an et font partie du paysage de Moncton.

Mais faut qu’on se le dise: bien des Néo-Brunswickois ont encore une peur bleue de tout ce qui n’est pas blanc et hétéro et catho.

J’avais le goût d’aller les voir pour leur dire que je suis content qu’elles soient là, pour leur souhaiter la bienvenue dans mon quartier.

Mais je ne savais pas trop comment m’y prendre. Je me disais que ces femmes musulmanes pratiquantes seraient peut-être gênées de voir un homme inconnu débarquer à l’improviste.

Pendant que je tournais en rond dans ma tête, l’un des enfants a traversé le parc en courant pour venir jouer avec moi. Les autres gamins n’ont pas tardé à le suivre.

On a lancé le ballon. Ils m’ont pointé les avions qui traversaient le ciel. En parlant un anglais rudimentaire, ils m’ont montré des variantes du bon vieux high-five. Up-top, low-five, to the side.

Ils se foutaient bien du fait que j’étais un francophone blanc qui ne partage pas leur religion et qui ne connaît pas grand chose de leur langue maternelle.

J’avais un ballon, j’étais prêt à le partager. C’était suffisant.

Je me suis trouvé un peu ridicule de ne pas avoir su aller vers eux, de ne pas avoir fait le premier pas.

Quelques minutes plus tard, leurs mères les ont appelés et ils sont partis en coup de vent.

Je suis resté là, un gros sourire au visage et ému par leur sincérité. Je m’en suis voulu de ne pas avoir pu leur dire l’un des seuls mots arabes que je connais; merci.

Ce n’est que partie remise. Choukran, les p’tits. Choukran.