Face-à-face: Les lacunes de la gestion des contrats à Fredericton

Bernard Thériault

Les récentes sorties publiques de la vérificatrice générale mettent en exergue des pratiques de gestion pas toujours logiques ou profitables par nos gouvernements provinciaux.

Il suffit de se rappeler le cauchemar vécu par des milliers de fonctionnaires fédéraux incapables d’être justement rémunérés depuis l’implantation d’un nouveau système de paie l’an dernier. Au gouvernement provincial, ce que Kim MacPherson nous apprend, c’est que le gouvernement provincial du temps des conservateurs et sous la direction du ministre des Finances Blaine Higgs a donné des contrats à des firmes d’experts-conseils pour suggérer des économies dans la gestion de différents programmes au ministère des Affaires sociales. Le résultat embarrassant, c’est que les économies en fin de compte ont été inférieures de plusieurs millions de dollars au coût du contrat. La vérificatrice fait également état d’un manque de suivi de la part des fonctionnaires qui a résulté en des abus et des trop payés de la part des contractants.

Qu’en est-il vraiment des contrôles exercés par les gouvernements sur les projets de ce genre? Généralement, des mécanismes de suivis sont mis en place: d’abord au ministère des Finances, ensuite au bureau du contrôleur et bien sûr par les gestionnaires de ces projets. Ici – et ce n’est rien de nouveau –, les deux gouvernements successifs se rejettent le blâme devant ce fiasco à tout le moins embarrassant. D’entrée de jeux, il est important de préciser que des dizaines et des dizaines de contrats de ce genre sont données chaque année par les gouvernements et que dans la plupart des cas, ils se veulent efficaces et très profitables. Que ce soit pour l’émission des permis de conduire, ou encore pour le traitement des dossiers à l’assurance maladie, toutes ces transactions sont faites avec des partenariats publics privés. Les syndicats crient à la catastrophe à chaque fois qu’on en annonce un nouveau et soyons bons joueurs, ils ne sont pas toujours des succès!

Deux observations dans le cas particulier qui nous intéresse. D’abord, cessons chez les politiciens de blâmer un parti ou l’autre, la faute ici devant être imputée à une culture gouvernementale qui se nourrit de ce genre de programme partout en occident. Pour ceux qui comme moi ont été soit ministres, soit hauts fonctionnaires, on sait qu’il s’avère impossible pour les politiciens de suivre tous ces contrats.

Comme deuxième observation, je vous ferai remarquer que les nouveaux shérifs en ville sont ces agents quasi indépendants comme la vérificatrice générale qui répondent de l’Assemblée et législative, et qui sont devenus depuis quelques années des vedettes, comme si seuls eux ou elles détenaient la vérité. Tout en reconnaissant la nécessité d’avoir ces contrôles, il m’arrive parfois de remettre en question la pertinence de leur intervention. À titre d’exemple, dans le cas que nous discutons, ne serait-il pas important de mettre cette initiative en perspective et de nous indiquer combien de ces contrats sont émis, ou encore combien de ceux-ci ont fonctionné?

Mes bons amis, lecteurs et lectrices, ceci met fin à nos chroniques jusqu’à l’automne, en espérant que vous passerez un bon été et que vous continuerez à nous lire en septembre!

Jeannot Volpé

La vérificatrice générale du N.-B. a découvert qu’une firme de consultants a été payée environ 13 millions $ même si les économies de plus de 40 millions $ prévus n’ont finalement été que d’environ 10 millions $.

Celle-ci n’est même pas convaincue que les économies de 10 millions $ annoncées sont réelles puisque la firme de consultants évaluait elle-même ses résultats. Selon la vérificatrice, ceci démontre la façon troublante et désinvolte ainsi que le manque d’attention lorsque des contrats sont signés et le manque de suivis par la suite. D’ailleurs la firme de consultants a même facturé 1,9 million $ à la province pour deux initiatives qui n’ont jamais été mises en place.

Ce contrat, signé sous le gouvernement Alward, était géré par un groupe de sous-ministres. À la suite de la venue au pouvoir des libéraux en 2014, ce groupe qui surveillait le contrat a été dissous, mais la province a continué de payer pour ce contrat sans système de suivi ou de gestion des résultats. À la même époque, le PDG de la régie Vitalité a été congédié après avoir trouvé des économies de plus de 30 millions $ pour un coût d’environ 750 000$.

Ceci démontre clairement que dès le début de leur mandat, les libéraux de Brian Gallant ont favorisé la partisanerie politique à la gestion de l’appareil gouvernemental et que leurs propres intérêts passaient avant les intérêts de la population. La petite crasse politique n’a pas le temps de s’occuper des vrais enjeux pour lesquels la population les a élus.

Cette faiblesse très marquée du gouvernement Gallant à gérer ses dossiers nous ramène au fiasco des évaluations foncières falsifiées et inventées afin de surtaxer la population du N.-B. La réponse de M. Gallant de privatiser le système d’évaluation foncière est plutôt obscure et insensée. Les évaluateurs, qu’ils travaillent pour le secteur privé ou public, reçoivent la même formation, j’imagine. La structure d’un bâtiment, sa localisation ou son utilisation devrait être traitée de la même façon que l’évaluateur travaille pour le secteur public ou privé.

Alors, qu’elle sera la différence qui fait croire à M. Gallant que ce nouveau système sera plus crédible! Les évaluateurs ont des normes et des critères à suivre et à respecter. Il ne faut pas oublier que M. Gallant a créé lui-même le problème qu’il dit vouloir régler. En voulant accélérer un nouveau système d’évaluation afin d’aller chercher plus rapidement l’argent des contribuables, il a démontré qu’il était prêt à s’ingérer afin d’assouvir sa dépendance aux taxes. Les résultats auraient été les mêmes que le système ait été privé ou public.

Tous ces dossiers mal gérés ou pas gérés du tout nous ramènent tous, semble-t-il, au même sous-ministre qui a pourtant toujours la confiance du premier ministre. Ce même sous-ministre sera, semble-t-il, maintenant responsable du contrat avec le secteur privé pour les évaluations foncières alors qu’il était directement responsable de ce secteur durant le fiasco d’évaluation fabriquée. Des changements s’imposent.