Le culte du char

Le gratin politique était de passage au centre-ville de Moncton, vendredi matin, pour annoncer en grande pompe le nouveau réseau public de bornes de recharge de véhicules électriques.

Les uns après les autres, les élus ont pris le micro pour encenser ce projet. L’heure était à l’optimisme. On pourra bientôt faire le tour de la province en Tesla sans craindre de manquer de jus. La voiture à combustion est morte, longue vie aux bagnoles branchées!

L’annonce était faite dans le cadre du festival automobile Atlantic Nationals. Au même moment, à deux pas de là, des centaines de mordus s’affairaient à polir leurs énormes bolides.

Les gens parlaient de puissance et de chevaux-vapeur. Ça sentait la cire, l’huile et la boucane de tuyau d’échappement.

Le contraste était frappant. D’un côté, les politiciens vantaient les mérites des voitures électriques. De l’autre, les fous finis de chars de collection bavaient en admirant des bolides qui ont une consommation d’essence d’un mille au gallon.

Sans le savoir, les organisateurs de l’annonce ont créé un tableau représentant très bien le fossé qui sépare encore les discours pleins de bonnes intentions de nos dirigeants et la réalité sur le terrain.

Pour ces centaines de propriétaires de voitures de collection et les milliers d’amateurs venus les voir, il faudra bien plus qu’un réseau de 15 bornes de rechargement rapide pour les convaincre de s’acheter une voiture électrique.

Comme me le faisait remarquer un collègue à la blague à mon retour au bureau, la plupart de ces gens ne conduiraient pas l’un de ces véhicules même si on leur en donnait un.

Certains d’entre eux finiront par changer d’idée. Un jour, des milliers de personnes viendront peut-être sur la rue Main admirer des bolides électriques de collection.

Mais une chose est certaine, on n’est vraiment pas rendus là. Il faudra pas mal plus que 15 bornes de recharge rapide pour faire mordre la poussière au culte du gros char à essence.