Blasphèmes culturels

Socialiser avec des gens, c’est faire face au paradoxe entre le potentiel d’avoir des conversations sur une quantité infinie de sujets et la réalité d’être pris à constamment radoter les mêmes affaires. Parler de la météo est l’équivalent d’avoir l’option de choisir parmi toutes les couleurs imaginables et de toujours re-choisir le beige.

Nous avons une quantité limitée de temps sur cette planète, alors essayons de faire honneur à cette brièveté en bannissant les sujets suivants de nos répertoires:

Descriptions de poutines variées. L’homophone gastronomique incontournable produit immanquablement la même conversation, centrée autour de qui les mange, qui les aime et quels condiments sont des blasphèmes culturels. Parlons plutôt de bouffe de façon plus originale.

Astrologie. Ce sujet est souvent juste un prétexte pour parler de soi-même, en faisant l’inventaire des caractéristiques de nos personnalités qui proviendraient du zodiac. Interpréter nos vies selon la position aléatoire des astres à notre naissance est une façon de trouver un sens à un monde qui n’en a pas toujours. Parlons plutôt de qui nous sommes au plus profond de nous et acceptons le crédit pour qui nous choisissons d’être.

Accents. Malgré la popularité des discussions sur les variations entre tous les accents que l’on retrouve à Caraquet ou les surprises infinies de l’accent de la baie Sainte-Marie, en peu de temps ces discussions deviennent une liste des mêmes exemples lexicographiques et ça fait l’effet d’une blague déjà trop entendue. Parlons plutôt en écoutant ce qu’on se dit au lieu de s’arrêter à l’exotisme de l’emballage.

Caricatures culturelles. Les Anglais font _____. Les Québécois sont _____. Les gens du Nord font _____. Les gens de Dieppe sont _____.

On a troqué les nuances d’opinion et la curiosité envers l’autre pour la commodité des stéréotypes culturels, ces opinions préfabriquées qui se sont faufilées dans notre façon de décrire nos espaces et nos cultures parce c’est plus facile que le faire nous-mêmes. Parlons plutôt de nos observations, de nos hypothèses et des analyses que nous faisons en découvrant le monde qui nous entoure et des surprises qu’il nous réserve.

Faisons des efforts pour avoir des discussions plus intéressantes et, ensemble, éliminons les platitudes optionnelles de nos vies.