Dans le corps de l’autre

Depuis pas mal de jours maintenant, l’été coule doucement. Un soir vers 19h30, ma compagne et moi comparions ces étés d’aujourd’hui à ceux d’autrefois: lumière, chaleur, humidité, du temps pesant.

Au-dessus de 25°C, ma compagne s’éteint. Littéralement. Visage neutre, pas d’énergie. Manque-t-elle de fer? De B12? De sel?

Que ce soit ci ou ça, en gros, je dirais que notre maisonnée tourne au rythme de l’hypotension. Avec ses avantages. Les sociologues sont-ils en mesure de nous défricher ça?

En après-midi, je finis le nettoyage et le réarrangement de notre petite remise. J’avais commencé la veille. Il est rare maintenant que je commence et termine une tâche la même journée. Je me lasse, on dirait. Sociologues, autre détail.

Vers 17h, le cabanon est impeccable et moi aussi, il est temps de penser au souper. Le frigo ne regorge pas d’aliments faciles à préparer. Un saut à un restaurant du quartier fera l’affaire, avec du vin blanc bien frais.

Nous regardons les nouvelles Radio-Canada Acadie que nous avions pris soin d’enregistrer. Puis nous regardons un film que nous avons physiquement loué. Le sommeil nous gagne avant la fin. Une petite sortie sur le balcon nous remet d’aplomb. Le film est un peu bizarre, non? Nous allumons des chandelles antimoustiques, nous nous couvrons de couvertes cou-vertes-vertes-vertes nous couvrons de couvertes cou-vertes aux pieds.

Ma compagne bondit de sa chaise tout à coup, dit qu’elle sent un regain d’énergie, comme si sa journée devait commencer là, maintenant. Sa phrase contient plus de mots qu’elle n’en a prononcés de toute la journée. Ah. C’était donc ça. Elle était accablée par la chaleur.

Pourtant, je savais cela depuis longtemps.

– Au-dessus de 26°C, ne me parle pas.

Mais ce genre de temps passe vite sur nos contrées. D’une fois à l’autre, cela s’oublie. La chaleur, on voudrait l’emmagasiner. Et l’autre, dans un état semi-comateux, ne sachant pas trop ce qui ne va pas. Faire quand même deux ou trois petites choses.

Et je me demande, les technologies réussiront-elles un jour à nous téléporter dans le corps de l’autre, à sentir ce qu’il ressent?