Patriotisme passager

Le 15 août, l’Acadie se réveille.Elle se frotte les yeux, sort de sa torpeur puis bâille en s’étirant les bras. On ne la reconnaît plus et c’est beau à voir.

Pendant quelques heures, elle est visible. Dans les rues et sur le web, l’Acadie est tangible et elle n’a pas peur de son ombre.

On chante du 1755 à tue-tête et on dépoussière l’Ave Maris Stella. On se souhaite bonne fête et on parade en faisant du bruit. On se sent entourés, épaulés, forts. On est fiers et on se tient debout.

On se dit que notre culture et notre langue ne sont peut-être pas si amochées qu’on le pensait et que les données de Statistique Canada ne racontent pas toute l’histoire. On envoie au diable les francophobes et leurs commentaires condescendants. On leur tire la langue. «Youhou! Regardez-nous, on est encore là!»

Dans les réseaux sociaux, bon nombre d’Acadiens égarés sortent même leur langue maternelle des boules à mites le temps de publier un selfie avec un bandeau tricolore autour de la tête.

Puis, dans la nuit du 15 au 16 tout revient à la normale. L’Acadie redevient plus discrète et effacée. Back to normal, it’s all gone.

Sur Instagram, on montre notre gros déjeuner graisseux de lendemain de brosse et nos faces de seizou au reste de la planète. On saupoudre ces images de mots-clics dans la langue de Shakespeare:

#hangover #foodie #hynes #bacon #nofilter #cheatday #whatever #survivor #neveragain #justkidding #yolo #summervibes

On se tourne vers nos réseaux pour toutes sortes de choses. Pour trouver un bon garagiste à Moncton. Pour inviter nos amis à signer une pétition. Pour débattre de tout et de rien. En anglais, bien sûr.

On range les drapeaux, les t-shirts festifs et les gogosses. Il reste un peu de place dans la boîte. Tant qu’à faire, on y balance notre fierté de parler le français.

Cette fierté restera rangée jusqu’à l’année prochaine. Dans douze mois, on se souviendra qu’elle existe et on la ressortira le temps d’un autre tintamarre.