Tout ça, pour ça

Au Canada, depuis les années soixante-dix, les «batailles linguistiques», étaient claires: donner aux communautés minoritaires des ressources et des institutions propres et voir à ce que la fonction publique fédérale nous serve dans les deux langues. Ce fut long, ce fut dur et ce n’est pas fini.

Mais certains d’entre nous avaient également une grande inquiétude: que la population ne suive pas et, qu’après une génération ou deux, la bataille soit perdue par attrition. Selon les résultats du dernier recensement… nous y sommes!

«Recul du français dans la sphère privée», titre Statistique Canada: 21,4% des Canadiens ont le français comme langue maternelle (22% en 2011) et 23,4% des Canadiens parlent le français à la maison (23,8% en 2011).

Me revient en mémoire les mots de la présidente du comité de parents de Saint-Jean lorsque nous avons obtenu le droit à la gestion scolaire: «Le plus dur commence.» Quand on sait qu’il avait fallu plus de 20 ans d’efforts pour arriver là, cette phrase semblait décourageante et pourtant! Il fallut convaincre les parents de mettre leurs enfants dans cette école puis de les y laisser, il a fallu que mon aîné fasse son secondaire seul (tous les autres étant partis à l’école anglaise), mon second a eu plus de chance, ils étaient deux.

Même si cette bataille se gagne à la longue – Saint-Jean est sur le point d’ouvrir sa seconde école – reste la maison, bastion supposé imprenable de la langue et du patrimoine et qui, de toutes évidences, ne l’est plus.

L’État n’ayant pas plus sa place autour des tables de cuisine du pays que dans ses chambres à coucher, pas une loi n’existe pour inverser cette tendance. Pas moyen, non plus, de blâmer l’immigration et la progression des autres langues et encore moins d’accuser les institutions qui nous servent. Non, entre les quatre murs de son logement, chaque famille – acadienne, québécoise ou francophone – décide de placer le français au cœur de son quotidien ou choisit le laisser-aller. La conviction et l’engagement ne se commandent pas plus qu’ils ne se légifèrent, mais on pourrait, à tout le moins, les promouvoir activement.