Le vol de l’homme-canon

Comme d’habitude, sa mère lui lut un livre. Il avait choisi une histoire de cirque.

– Maman, je voudrais voir un homme-canon.

Le garçonnet venait tout juste de se réveiller.

– Je sais pas si ça existe vraiment, mon chou. On regardera…

À quelques reprises dans la semaine qui suivit, l’enfant de trois ans et demi exprima son désir de voir un homme-canon, avec chaque fois plus de ferveur que d’insistance:

– Ein, Maman, qu’on va voir un homme-canon?

Lorsque la ferveur réussit enfin à faire pencher la balance, la mère tapota «homme-canon» sur un écran. La réponse ne tarda pas. L’exploit allait être réalisé le jour même et seulement ce jour-là! Incroyable! Fantastique! Dans centre-sud… euh, moins bien. La sortie prend d’un coup plus d’ampleur. Car ils ne sont pas que deux, ils sont quatre, dont un bébé de neuf mois, qui n’arrête pas de pleurnicher justement. La mère décrète malgré tout:

– Tant pis, il faut y aller!

Comprenant la consigne, le père se lève de table et dit à son fils:

– Oké, Manu? On ramasse? Faut ramasser les jouets avant d’aller voir l’homme-canon.

Le petit jubile, ne ramasse pas.

Les préparatifs imprévus auraient pu se dérouler plus harmonieusement, mais voilà, ils se marchèrent sur les pieds, comme déstabilisés par la chance inespérée qu’ils ont, là, maintenant, de faire le bonheur de leur enfant. Mais aucun accrochage n’allait leur faire rater ça.

Quand je leur rendis visite, l’enfant sautillait de joie en m’annonçant que lui et toute la famille avaient vu un homme-canon. Voulais-je le voir? À l’écran du téléphone apparaît le canon, le coup d’envoi et l’homme-canon projeté dans une belle trajectoire courbe d’une centaine de mètres avant d’atterrir dans le filet prévu à cet endroit. Veux-je le voir encore?

Emmanuel Paventi, trois ans et demi, a eu la chance de voir un homme-canon à Montréal pendant l’été 2017. Il avait plusieurs fois exprimé le désir de voir un homme-canon. Son désir se réalisa. C’est aussi une condition de vie, que nos rêves se réalisent.