Réflexion – Il faut continuer

Faute de mieux, les médailles sont encore le moyen le plus efficace d’évaluer l’évolution du sport d’élite.

Prenez, par exemple, la performance du Canada aux Championnats mondiaux d’athlétisme, qui se sont récemment tenus à Londres. Aucun podium. Zéro plus une barre. Il n’en fallait pas plus pour que certains analystes crient à la catastrophe. Le pays est passé de plus d’une dizaine de médailles sur l’ovale et la pelouse des Jeux olympiques de Rio au néant, un an plus tard.

Que le sprinter Andre De Grasse ou le sauteur en hauteur Derek Drouin aient dû déclarer forfait pour des raisons de blessures ne comptaient plus dans la balance tout d’un coup. Un peu plus et on demandait le grand ménage chez Athlétisme Canada!

On se calme, svp!

De l’autre côté du balancier, la délégation du Nouveau-Brunswick a ramené une récolte record de 24 médailles des Jeux d’été du Canada, à Winnipeg. Elle a profité d’un dernier week-end exceptionnel de compétition au Manitoba pour reléguer aux oubliettes l’ancienne marque de 21, établie aux Jeux d’hiver de Grande Prairie, en 1995.

Pour des Jeux d’été, l’équipe de 2017 en a remporté sept de plus qu’au rendez-vous de 1997, à Brandon, au Manitoba.

À croire que l’air des Prairies fait le plus grand bien à nos athlètes!

À ces 24 podiums – quatre d’or, neuf d’argent et 11 de bronze -, il faut également tenir compte que le Nouveau-Brunswick a obtenu 52 top 5, dont 10 performances qui a mené nos athlètes tout juste à court du trio d’honneur.

Les sports para ont été une de nos forces, avec trois médailles d’or – celles de Veronica Coombes au 200 mètres, au 400 mètres et au 1500 mètres en fauteuil roulant en athlétisme -, deux d’argent et trois de bronze.

Certains diront qu’une chance que nous avons eu cette catégorie, mais il faut plutôt voir cela d’un autre angle et saluer notre expertise dans les disciplines réservées aux personnes handicapées, une des meilleures au Canada.

Si on s’attendait à de belles prestations en athlétisme, dont les deux médailles d’argent de Laura Dickinson aux course de demi-fond, la natation a causé de belles surprises avec huit podiums, dont les quatre de Shannon Douthwright, de Riverview.

Et que dire du brio des filles au volleyball, avec une médaille de bronze historique. Ou encore de l’équipe masculine de golf, la troisième meilleure au pays.

*****

À contemplant ces résultats, on pourrait s’asseoir sur nos lauriers et se dire, en se pétant les bretelles, que le travail a été bien fait.

Justement, non. Le travail ne fait que commencer. Il faut continuer.

Il faut poursuivre sur cette lancée, parce que les efforts des dernières années mis dans le développement du sport d’élite dans la province commencent à rapporter de beaux dividendes.

Oui, les médailles demeurent le meilleur indicateur de la santé du sport de compétition, même si nos chefs de mission n’arrêtent pas de nous dire qu’on ne doit pas juger l’ensemble d’une performance globale uniquement en fonction du nombre de podiums.

Imaginez deux secondes si le Nouveau-Brunswick avait mangé ses bas à Winnipeg; nous serions les premiers à exiger des comptes, à chercher des coupables et à les clouer au pilori si nécessaire.

Aujourd’hui, cette performance record vient avec une responsabilité accrue: poursuivre et intensifier le travail de développement de notre élite sportive.

Comment? Plusieurs pistes de solution se présentent devant nous. Elles sont connues et éprouvées.

D’abord, il faut mettre l’accent sur la participation de masse à la pratique sportive, en insistant sur le plaisir et l’inclusion. Tout le monde peut marcher, courir, rouler ou jouer avec un ballon. Personne ne doit être laissée de côté sur un banc parce qu’il ou elle n’a pas les aptitudes égales aux autres. C’est contre-productif. Avec l’aide de programmes adaptés dans les écoles, l’activité physique doit devenir une source de plaisir et d’apprentissage aussi importante que les autres matières qu’on y enseigne.

De cette manière, il sera plus facile de dénicher les talents les plus susceptibles à développer notre relève.

Nous devons aussi presser Fredericton de maintenir, et pourquoi pas améliorer l’aide financière aux fédérations et associations sportives de la province. Il y a eu un bel effort de ce côté, il y a quelques années, mais nous craignons toujours que les programmes liés aux sports soient les premiers à écoper en période de restriction budgétaire.

En cette année pré-électorale, Sport NB, la Société des Jeux de l’Acadie et les autres groupes sont en position de force et doivent cogner à la porte de nos partis politiques afin de connaître leurs intentions à ce sujet.

Enfin, nous devons réfléchir et mettre en place des méthodes afin de réduire les coûts de plus en plus astronomiques du sport d’élite chez nous. Parce qu’un saison de compétition coûte les yeux de la tête, cela laisse malheureusement supposer que l’argent a pris le dessus sur le talent et que seules les familles les mieux nanties auront droit aux meilleures places au soleil.

Déjà, certaines associations sportives ont élaboré des système de location ou incitent au partage d’équipements de seconde main encore de qualité. C’est un pas dans la bonne direction. Il ne faut pas oublier l’accès à des infrastructures adéquates à un prix raisonnable. Là aussi, nous pouvons faire beaucoup mieux.

*****

La performance de la délégation du Nouveau-Brunswick à Winnipeg est certes merveilleuse et nous devons en féliciter ses artisans, mais elle ne doit pas être qu’un accident de parcours.

Et pour nous en assurer, nous devons nous relever les manches et travailler d’arrache-pied à maintenir ce niveau d’excellence en misant plus que jamais sur le plaisir du sport, son aspect inclusif, l’amélioration du financement et un meilleur accès aux ressources. Tous ensembles, ils feront en sorte que notre sport d’élite puisse continuer sur cette bonne voie et, faute de mieux pour l’évaluer, engranger d’autres médailles.

Que voulez-vous, on aime ça, des médailles.