Des questions embêtantes

Au moment où j’écris cette chronique, quelque part des gens sont en train de vendre du pot et d’autres, d’en acheter. Ailleurs, de joyeux loustics roulent des joints, sont saisis de fous rires incongrus, ont une rage de pinottes. Le cannabis est déjà entré dans nos mœurs.

Malgré ça, beaucoup de personnes capotent à l’idée que le gouvernement entende légaliser la consommation récréative de cette substance censée nous propulser au septième ciel.

Qui va pouvoir en consommer? À partir de quel âge? À quel prix? Qui va vendre le pot? Où? Comment? Sera-t-il permis de fumer au volant? De fumer pendant les heures de travail? Faudra-t-il prévoir des fumoirs pour les potteux?

Est-ce qu’on va le vendre moins cher que la cigarette, vu que la cigarette coûte un bras en soins de santé à l’État-infirmier? Quid de la fumée secondaire et même postsecondaire?

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Un éventuel futur gouvernement conservateur pourrait-il lancer des campagnes apocalyptiques anti-pot comme on le fait pour le tabac légal? Avec des sachets de pot ornés d’étiquettes épeurantes susceptibles de déclencher une panique chez les potteux qui finiraient dans les salles d’urgence déjà engorgées de personnes en attente d’une ordonnance de pot médical identique, mais moins dangereux parce que prescrit par un médecin?

Sera-t-il permis de fumer devant les enfants dont on connaît l’extrême fragilité émotionnelle? On pense avec effroi à leur traumatisme quand ils apprennent que le Père Noël n’existe pas ou que la fée des Dents n’a pas laissé une maudite cenne sous l’oreiller!

Pendant que les pharisiens se posent ces questions, des esprits plus pragmatiques se demandent si la divine substance sera aussi disponible en version bio, en gâteau, en jujube ou en tisane. Avec ou sans gluten? L’État devra-t-il également vendre du papier à rouler, des pipes, des moulins pour moudre les cocottes, des récipients et des lampes pour la culture domestique, sans oublier l’engrais, les sécateurs pour la taille, et les mignons sachets de plastique autoscellants si pratiques en voyage?

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Ciel! Légaliser la vente de pot, ce n’est pas simplement passer d’un revendeur qui se cache à un revendeur qui s’affiche! C’est passer d’un revendeur qui peut se retrouver en prison à un revendeur qu’on peut élire! Et, mieux encore, un revendeur qu’on pourra toujours congédier aux prochaines élections si sa gestion de l’offre et de la demande ne nous satisfait pas! Kin, toé!

Dans ce contexte au potentiel hallucinant, il est donc tout à fait normal et légitime d’exiger de l’État-cannabis qu’il prévoie des solutions pour tous les problèmes que cette légalisation pourrait traîner dans ses alluvions. Il en va de la santé mentale de la nation, pardieu!

Après tout, se dit-on, si l’État a jugé bon de se faire LE revendeur d’alcool et de tabac, ainsi que LE parieur en chef des jeux de hasard, et maintenant, LE revendeur de pot officiel, c’est qu’il doit connaître son affaire et doit déjà avoir tout prévu en ce qui a trait à l’après-légalisation du produit.

Depuis quand un gouvernement mettrait-il en place un programme aux conséquences si vastes et si imprévisibles sans avoir minutieusement établi un plan pour parer à toutes les éventualités possibles et inimaginables? Ce serait du jamais vu!

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À moins que ça vire au vaudeville, comme dans la saga des migrants en situation irrégulière entre deux talles de branches.

En effet, le premier ministre avait déclaré, dans un de ses sermons des Béatitudes, qu’il acceptait tous ceux qui se présenteraient aux frontières, car le Canada a les bras grands ouverts de l’Atlantique au Pacifique. Ne serait-ce pas plutôt le premier ministre qui a les yeux politiques plus grands que la panse?

Cette magnanimité aux frais de la princesse a naturellement causé un afflux de demandeurs d’asile. À tel point qu’on apprend que le gouvernement, apparemment revenu de ses débordements sentimentaux, entend renvoyer chez eux les migrants qui ne répondent pas aux critères de sélection habituels. Oh, la boulette!

Des bras grands ouverts qui se referment subitement, ça fait coti en titi, mon kiki!

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Bref, quelqu’un quelque part n’avait pas étudié la situation à fond, n’avait pas envisagé tous les cas de figure possibles, et donc n’avait pas prévu des solutions idoines à ces problèmes qui mettent en scène non pas des numéros de dossier, mais bel et bien des êtres humains à qui on aura malheureusement fait miroiter des lendemains qui… déchantent.

Entretemps, des apôtres de l’immigration miséricordieuse voient dans ces exodes planétaires une panacée à leurs problèmes locaux. On se réjouit de pouvoir offrir des emplois aux migrants, surtout les jobs dont personne ne veut! Et on s’étonnera ensuite du taux de chômage élevé chez les nouveaux arrivants.

Au Niou-Brunswick comme ailleurs, on affirme être mû par un esprit de solidarité. Mais en fait on cherche surtout à attirer ici des gens pour combler un déficit démographique, notamment chez les francophones, croyant naïvement que ces migrants se mettront tous au français en arrivant, et qu’ils seront trop heureux de devenir Acadiens et de chanter Paquetville à tue-tête au prochain tintamarre du village, alors que les faits démontrent que les immigrants préfèrent les grands centres, et particulièrement les grands centres anglophones…

Soyons lucides: ils n’arrivent pas ici en défricheurs d’eau, ils arrivent ici comme des oiseaux blessés se posant en catastrophe sur la première branche venue. L’Acadie, la langue de Molière, l’exode des villages sont les moindres de leurs soucis.

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Encore là, je crois bien que quelqu’un quelque part n’a pas examiné la situation sous tous les angles possibles et qu’on s’est contenté de se trouver ben bon et ben généreux. Ah! l’esprit chevaleresque! C’est Don Quichotte qui serait content!

C’est comme pour le pot: on légalise le nirvana céleste, et on verra ensuite si c’est un enfer… pavé de bonnes intentions.

Au moins, il paraît que lorsqu’on est gelé comme une balle, on trouve des tonnes de réponses magiques à toutes les grandes questions embêtantes de la vie!

En riant aux éclats, par-dessus le marché! Yéé.

Une tite poffe, Madame?