Comment faire aimer le français?

De la première à la douzième année, et même à l’université, c’est une phrase qui aura été prononcée plus souvent qu’à son tour, particulièrement dans le sud-est du Nouveau-Brunswick:

– Je haïs le français, c’est mon pire cours!

Avec la prononciation accentuée du h et du i, on comprend bien que haïr le français revient à l’abhorrer, le détester, l’exécrer, le honnir, le maudire.

– Haïs-tu le 15 août aussi?

– C’est quoi le rapport?

Je ne travaille pas dans les écoles et je le dis tout de go, les enseignantes et les enseignants de français ont toute mon admiration. Comment enseigner une matière obligatoire que tant de jeunes semblent prendre plaisir à détester? Plus grand défi encore, comment enseigner cette matière de sorte à la faire aimer?

Une nouvelle année scolaire vient de démarrer. Des milliers de jeunes Acadiens et Acadiennes vont se mesurer à cette langue française dont il arrive qu’on se demande encore pour combien de temps elle sera nôtre. Sommes-nous, oui ou non, des «cadavres encore chauds», comme nous avait si gentiment décrits (ortho?) l’écrivain québécois Yves Beauchemin en 1990?

Je l’avais sur le cœur cette expression de M. Beauchemin. Elle m’avait fait mal à l’époque, mais nous sommes encore vivants – nous Acadiens et autres francophones éparpillés de par le grand Canada –, c’est toujours ça de pris.

J’ai eu cet été l’occasion de rencontrer M. Beauchemin. Honnêtement, je me demandais comment j’allais réagir. Nous participions, avec deux autres écrivains dont Georgette LeBlanc, à une table ronde aux Correspondances d’Eastman, une rencontre littéraire qui se déroule depuis 15 ans dans le charme bucolique des Cantons de l’Est… Oui, ces Eastern Townships auxquels la plupart des anglophones du secteur ont tourné le dos quand le gouvernement du Québec a statué que le français serait la (seule) langue officielle du territoire.

Ai-je eu envie de lui faire ravaler ses paroles à M. Beauchemin? Pas du tout. Je l’ai trouvé avenant et nuancé, en un mot, sympathique.

N’empêche, j’aimerais bien entendre la réplique suivante avant la fin de mes jours:

– Le français? C’est mon cours préféré!