En espérant le coup de génie

Nous avons assisté, cette semaine, à un remaniement majeur du cabinet des ministres à Fredericton. À première vue, on pourrait penser que l’éducation n’est pas touchée, mais en y regardant de plus près, les changements faits par le premier ministre Gallant auront des répercussions sur l’éducation.

D’abord, le ministère de l’Éducation postsecondaire, de la Formation et du Travail ne s’appelle plus ainsi. Il y a désormais le ministère de l’Éducation postsecondaire d’une part et le nouveau ministère du Travail, de l’Emploi et de la Croissance démographique d’autre part.

Dans un communiqué de presse, le gouvernement souligne que l’ancien ministère de l’Éducation postsecondaire, de la Formation et du Travail demeure une seule entité et que deux ministres, Roger Melanson et Gilles LePage, en auront la responsabilité. Deux têtes valent mieux qu’une, selon l’adage.

Or, il est permis de se demander quel sera l’avantage d’avoir deux ministres auxquels se rapporteront un seul sous-

ministre et une seule équipe de gestion. Le diable est dans les détails. Quelle est la raison de ce changement?

Le premier ministre aura-t-il voulu enlever des mains d’un jeune ministre l’épineuse question du financement des institutions postsecondaires? Quel mandat a-t-il donné au ministre Melanson? Chose certaine, on ne fait habituellement pas ce genre de changement pour le plaisir. De plus, à un an des élections, il serait surprenant qu’il prépare une réforme en profondeur.

Pour ce qui est du dossier de la croissance démographique, il est intéressant de voir qu’il s’agisse, aux yeux du premier ministre, d’une question liée surtout au travail et à l’emploi.

Quand on parle de croissance démographique, on parle surtout de deux éléments centraux: l’immigration et la natalité. Dans les deux cas, ne faudrait-il pas aborder la question d’une manière beaucoup plus large en adoptant une réelle politique familiale qui traite bien sûr d’accès à l’emploi, mais aussi de taxation, de santé, d’éducation, d’équité, de relations saines, d’adoption, de garderies, de vieillissement, d’exode, d’urbanisation, etc?

Le remaniement ministériel pourrait aussi avoir un impact sur le système public d’éducation alors que seront réunis, sous la responsabilité du même ministre, le ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance et la responsabilité des Langues officielles. J’ignore si le premier ministre en est conscient, mais il a posé un geste lourd de conséquences.

Bien sûr, le président de la SANB, Kevin Arsenault, soutient que le ministre responsable des Langues officielles devrait toujours être le premier ministre. Or, depuis que le développement de la petite enfance est lié au ministère de l’Éducation, la question de l’avenir des garderies bilingues se pose. Le gouvernement semble réticent à inclure le secteur de la petite enfance sous la protection de l’article 23 de la Charte canadienne des droits et des libertés qui garantit le droit à l’éducation dans la langue de la minorité.

En étant responsable des langues officielles et du développement de la petite enfance, le ministre Kenny ne pourra pas ignorer l’importance des garderies unilingues pour la vitalité de la langue française et des communautés francophones. Il serait étonnant, encore une fois, qu’à un an des élections, le gouvernement se lance dans une telle réforme d’envergure. C’est bien dommage. On ne pourra pas repousser éternellement cet enjeu important.

Le temps dira si ce changement est une patate chaude ou un coup de génie. On ne peut que souhaiter beaucoup de succès aux nouveaux ministres. Après tout, leur succès ne peut être que bénéfique pour le Nouveau-Brunswick!