Avis de tempêtes

Plus besoin d’être au cœur d’une tempête pour la vivre. Durant les deux dernières semaines il m’a semblé que Harvey et Irma étaient à la veille de me tomber dessus, puis qu’elles s’acharnaient sur mon île brumeuse et pluvieuse plutôt que sur le Texas, les Caraïbes et la Floride. C’est la rançon de l’information en continu.

Que ce soit Radio-Canada, CBC, TV5 ou CNN… impossible d’échapper à la moindre rafale, la moindre inondation, le toit qui s’envole, les bateaux démolis, pas un détail ne manque. On a vu les autoroutes se transformer en rivières au Texas, les réfugiés dans les centres d’accueil, les irréductibles accrochés à leur maison, en même temps que les préparatifs pour Irma, puis l’ordre d’évacuation de la Floride, avec en prime l’examen minutieux et répété des trajectoires possibles des divers cyclones.

Dans ce genre de catastrophes, on en apprend des choses: par exemple, que le tout nouveau modèle de prédictions météo des États-Unis, qui a coûté des millions, est beaucoup plus inexact que le modèle européen; que s’il semblait impossible au maire de Houston de forcer l’évacuation de sa ville devant Harvey, la Floride, elle, a fait évacuer près de 6 millions de personnes avant Irma; et, le plus étonnant peut-être, que dans un énorme cyclone, lorsque les eaux inondent d’un bord, elles se retirent de l’autre.

Mais ce que je retiendrai surtout c’est la réaction humaine: l’entraide, bien sûr, évoquée sans cesse par les commentateurs comme si cela relevait du miracle, et son contraire, le pillage et le vol. S’y est ajouté un élément inquiétant: partout on blâme d’entrée de jeu le gouvernement.

La France a eu beau envoyer sa ministre de l’Outre-mer (ma compatriote saint-pierraise Annick Girardin) dans les Caraïbes avant l’ouragan, ce n’était pas suffisant; le Texas et la Floride, qui vomissent toute intervention de l’État fédéral chez eux, réclament aujourd’hui plus d’intervention de Washington et, cerise sur le gâteau, des Canadiens en vacances dans le Sud se plaignent qu’on n’est pas venu les sortir d’affaire avant le cyclone et se disent abandonnés. Comme si, personne n’avait aucune responsabilité individuelle pour son propre sort.

Je ne comprends plus rien! À l’allure là, au prochain cyclone on blâmera l’État de ne pas l’avoir arrêté! n