Un beau gâteau d’anniversaire

C’est vrai qu’on n’y a pas vu de record mondial. Il n’y a pas eu non plus des milliers de participants. Des athlètes du monde entier n’ont pas placé cette compétition à leur horaire. Et pourtant, peu d’événements au Nouveau-Brunswick peuvent se targuer d’avoir duré 30 ans.

Le Demi-marathon de l’Acadie a célébré ce bel anniversaire, dimanche. Le bébé a depuis longtemps dépassé l’adolescence et a atteint l’âge adulte, qui amène avec lui la sagesse et, il faut bien le dire, quelques cheveux blancs.

Et là, on ne parle pas d’une course par année.

On a peut-être soufflé 30 chandelles sur le gâteau, mais en réalité, il aurait dû y en avoir 360. Mais pour tous les mettre, il aurait fallu certainement un plus gros gâteau!

Car depuis l’automne 1987, des coureurs se réunissent à Tracadie le premier dimanche du mois, beau temps mauvais temps, et s’élancent pour une «petite trotte» de 21,1 kilomètres. Du fil de départ à la ligne d’arrivée, ça peut leur prendre 1h30m, 2h ou même plus. Dans le fond, ça importe peu, car les chronos ne constituent pas la raison d’être principal de ce rendez-vous.

Il s’agit en fait d’une rencontre pour des passionnés organisée par des passionnés. C’est probablement pourquoi cela a duré aussi longtemps et que ça promet de durer encore bien longtemps.

Il y a certainement des leçons à en tirer.

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La première est assurément la passion. Elle est l’énergie qui alimente le coureur – ou n’importe quel athlète, peu importe le sport pratiqué. L’essence qui fait tourner le moteur à plein régime.

Et ça n’en prend pas juste un peu.

Franchir 21,1 kilomètres de course, ce n’est pas une sinécure. Ce n’est pas un cinq ou un 10 kilomètres, loin de là. C’est une épreuve qui demande au corps non seulement un effort physique hors du commun, mais aussi à l’esprit un travail de dosage et d’analyse sur une longue distance.

Le faire chaque mois peut sembler de la torture quand on y pense un peu, mais pour les coureurs, le Demi-marathon de l’Acadie n’est pas une épreuve de performance absolue. Certes, il y a des vainqueurs, mais c’est avant tout un moment de célébration. C’est ce qui fait sa grande beauté, d’ailleurs.

La deuxième est l’engagement. Vous aurez compris qu’on ne présente pas une course mensuelle 360 fois sans avoir une organisation rodée et qui fonctionne au quart de tour.

Quand Jean-Marie Breau et sa conjointe Marcelle ont pris la relève d’Edmond Morais et de Rhéal Sivret, ils ont rapidement compris qu’ils ne feraient pas ça tout seuls. Sinon, l’événement se serait retrouvé rapidement dans le classeur 13 des trop nombreuses activités qui sont mortes au feuilleton fautes d’engagement bénévole adéquat.

Avec l’aide de fidèles amis – tels Donald Wade et Silvia Antuna -, ils ont planifié mois après mois une activité simple et conviviale. Ils ont également évité l’erreur qu’ont fait plusieurs organisations, soit de se voir comme la grenouille qui voulait devenir aussi grosse que le boeuf. De ne pas s’enfler la tête avec les récents succès et d’y ajouter des courses connexes qui n’auraient fait qu’alourdir inutilement la gestion de ce rendez-vous mensuel et, du même coup, essoufler son bénévolat.

Le troisième est le sport. La course à pied a bien changé depuis son premier boom de participation à la fin des années 1970, dans le sillage laissé par des Jeux olympiques de Montréal. Si ça demeure toujours le principe de mettre un pied devant l’autre, les raisons de le faire ont évolué.

Dans cette première vague, on pratiquait la course à pied pour les mauvaises raisons: la performance.

Dès qu’on commençait à s’entraîner, on pensait au marathon. Et tant qu’à penser au marathon, il fallait le compléter en moins de 3h. Cette formule a fonctionné un temps, mais elle s’est en quelque sorte autodétruite parce qu’elle est devenue rapidement trop restrictive.

Cette période a donné lieu à toutes sortes de courses qui n’ont eu que, pour résultat, de nous éloigner de ce sport. Comment apprécier la course quand on voit s’effondrer d’épuisement un athlète après 24 heures d’efforts ininterrompus? Comment une boutique spécialisée pouvait-elle survivre alors qu’il était d’abord essentiel de faire l’éducation d’une population?

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Aujourd’hui, la course à pied est d’abord et avant tout reliée au mieux-être. On court pour se garder en bonne forme, pour être bien dans sa peau. Que ce soit sur trois, cinq ou 10 kilomètres, le chrono n’est pas toujours notre ennemi à battre à tout prix.

On enfile nos espadrilles, un bon chandail, nos culottes et on sort pendant une demi-heure ou plus, en prenant le temps d’admirer le paysage, de marcher si l’on en éprouve le besoin, de réfléchir à nos bons – et mauvais – coups, de continuer à notre rythme sans chercher à briser des records.

Sans oublier qu’aujourd’hui, l’équipement est nettement mieux adapté pour les coureurs du dimanche. La qualité des souliers a été multipliée par 1000, sans oublier ces vêtements conçus spécialement pour permettre au corps de se rafraîchir adéquatement ou encore l’alimentation en énergie qui s’est améliorée.

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Le Demi-marathon de l’Acadie est devenu une belle tradition de la course au fil des années. Il est également une source d’inspiration pour toutes les organisations qui désirent durer. La passion, l’engagement et le sport sont les ingrédients d’un gâteau réussi à tous les coups, pourvu qu’on respecte le dosage de la recette.

Dans ces conditions, il ne serait aucunement étonnant que, dans 30 ans d’ici, nous célébrions le 720e. Il faudra alors tout un gâteau pour y placer toutes les chandelles!