Tout perfide doit avoir la permission pour manger de la perdrix! D’entrée de jeu, cette phrase extraite du monologue d’un comédien bien connu de la Péninsule acadienne, Albert (Ti-Phonse) Belzile, s’entremêle à toute une ribambelle de mots débutant par «per» pour étaler la complexité et la beauté de la langue de Molière. D’accord, je vous concède que nos cousins «françâs» ont à l’occasion, le chic de parler pour rien dire. N’empêche que ce monologue vous garantira une dilatation de la rate!

Je me permets donc de tripoter cette toute première phrase pour une activité, qui, pour de nombreux adeptes du plein air, coïncide avec l’arrivée de l’automne. Alors en voici une adaptation de mon propre cru: toute personne perspicace, munie d’une arme à percussion peut manger de la perdrix!

Les activités automnales passent aussi bien par la récolte des jardins, la cueillette des pommes, les randonnées pédestres en forêt; eh oui, pourquoi pas la chasse à la perdrix. Quoi de plus divertissant que de sillonner par un matin frileux, fusil en main, un sentier multicolore à l’odeur d’humus en quête de notre poulet sauvage?
De nombreuses espèces de perdrix ont élu refuge partout au Canada. Certaines sont typiques des prairies canadiennes, d’autres des régions alpines de l’Ouest, du Grand Nord ou de l’Est du pays. La couleur de leurs robes, leurs poids, leurs capacités d’adaptation varient d’un endroit à l’autre. Ainsi, le tétras sombre des Rocheuses (connu également comme perdrix bleue) est la plus imposante des perdrix avec un poids excédant 1,2 kg. Le lagopède, la perdrix du Grand Nord, détient la particularité de changer de couleur à la tombée des neiges. De couleur brunâtre mouchetée, son plumage se transforme en blanc à l’arrivée de l’hiver.

La gélinotte huppée et le tétras des savanes sont ceux qui nous intéressent particulièrement. On les retrouve un peu partout sur le territoire canadien, mais davantage dans notre coin de pays. Comme aucun de ces oiseaux n’est enclin vers la migration, vous risquez aussi bien de les croiser en plein hiver, lors de vos randonnées hivernales.

La gélinotte huppée, communément appelée perdrix de bois franc, semble la plus convoitée des deux espèces. Sa chair blanche rappelle celle du poulet. Mâle et femelle sont identifiables parfois par leur comportement. Le mâle, en effectuant de rapides mouvements d’ailes, va tambouriner pour manifester sa présence. Si vous êtes en forêt et que vous percevez un bruit qui ressemble vaguement à un martèlement rapide, c’est un signe de sa présence. Souvent, il s’y prend à plusieurs reprises. Comme il ferme les yeux lors de ce rituel et que le bruit est distrayant, déplacez-vous rapidement vers l’origine du bruit. Immobilisez-vous lorsque le tambourinage cesse et reprenez la direction du bruit lorsqu’il recommence. Vous risquez d’être à proximité de tir en un rien de temps.

Le mâle, également appelé coq, adapte un comportement qui rivalise avec celui de son cousin domestique. Vous l’apercevrez de temps à autre déployer l’éventail de sa queue, se pavanant de gauche à droite. Cependant, si vous avez deux oiseaux morts devant vous, il n’y a qu’un moyen sûr de différencier mâle et femelle. Déployez l’éventail de la queue et observez la bandelette noire située perpendiculairement à environ deux centimètres de l’extrémité des plumes. La bande noire est continue chez le mâle tandis qu’elle est interrompue en plein centre chez la femelle.

La gélinotte huppée préfère les sentiers, les chemins forestiers et les endroits on l’on retrouve de petits fruits de toutes sortes. Certains feuillages font également partie de son alimentation. C’est pourquoi on la retrouve dans les régions où il y a présence de feuillus.

Comme ses cousines, elle est dépourvue de dents et doit ingurgiter du gravier en guise de broyeur. Lors du dépeçage du gibier, sectionnez la pochette gonflable du cou et vous serez en mesure d’identifier le genre de nourriture qu’elle affectionne. La dissection du gésier révèlera un fin gravier. La chair est blanche et dépourvue de matière grasse.

Le tétras, communément appelé perdrix de savane, diffère passablement de la gélinotte huppée. Plus petite, cette perdrix préfère les forêts à haute densité résineuse. Moins farouche que la gélinotte, on la retrouve souvent en groupe. D’un poids inférieur à la gélinotte, son plumage est quasi noir et sa chair est d’un rouge foncé. Le mâle se différencie de la femelle par un accent circonflexe rouge au-dessus de l’œil. Il n’est pas rare d’en apercevoir quatre ou cinq s’envoler pour se percher à portée de tir tout prêt de vous. Aux dires des anciens, dans une telle situation, commencez par abattre celles du bas pour progresser vers celles du haut. Si vous débutez par tirer la plus élevée, les autres s’envoleront. J’en ai fait l’expérience une fois et l’astuce a fonctionné. Est-ce scientifiquement plausible? Tiens, un de ces quatre je soumettrai cette observation aux savants attablés au Tim!

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