Les catalogues

Alors que je commence à réfléchir à un livre sur mes souvenirs d’enfance à Saint-Pierre et Miquelon, que je choisis les divers sujets à évoquer – mes inénarrables grand-mères, la patinoire, les vacances d’été, etc., – un sujet s’impose d’entrée de jeu: les catalogues.

J’y pense, bien entendu, depuis l’annonce de la fermeture de Sears, dernier survivant des magasins essentiels au Canada rural et par extension à mes petites îles françaises, à quelques encablures de Terre-Neuve et quelques heures de bateau du Cap Breton.

L’attente des catalogues de Sears et de Eaton, c’était quelque chose! C’était, de loin, les plus populaires et ces compagnies nous servaient bien puisque nos achats étaient expédiés directement des magasins d’Halifax. Puisque Saint-Pierre et Miquelon c’est la France, nous recevions aussi plusieurs catalogues de France, bien moins intéressants pour l’enfant que j’étais: on y commandait les fusils de chasse ou bien les vêtements « de madame » que portaient ma grand-mère et ma mère, les dragées à offrir aux mariages et aux communions ou encore des bijoux.

Dès que l’automne arrivait, on guettait avec impatience l’arrivée des catalogues de Noël de Eaton et de Sears. Comme il n’y a pas de facteurs dans l’archipel, on descendait souvent à la poste pour vérifier la boîte aux lettres et quand on y trouvait le catalogue, on piaffait d’impatience de découvrir ses trésors. Armées de crayons, mon amie Marie-Christine et moi, passions des heures à choisir les jouets qui nous plaisaient mais aussi les vêtements de fête, les pyjamas chauds et les parkas, bottes et doudounes pour l’hiver. Après, il ne restait plus qu’à attendre l’arrivée des paquets et des cadeaux sous l’arbre.

Il faut comprendre l’isolement dans lequel vivait l’archipel de Saint-Pierre et Miquelon, à l’époque, pour apprécier le rôle essentiel que ces catalogues jouaient dans nos vies. En les ouvrant c’était comme si nous passions, en personne, les portes de leurs grands magasins pour y choisir tout ce qui nous faisait plaisir ou ce dont nous avions besoin, de nos draps de lit à nos robes d’été.

Avec la disparition de Sears et la montée en puissance de l’internet, c’est le dernier acteur de ces moments précieux qui s’en va.