Quand l’endettement étudiant étouffe

Éduquer une société, ça ne se fait pas par magie. Il faut investir. D’une certaine façon, cet investissement a un coût qui doit être assumé. Si ce n’est pas la société qui l’assume, il faut alors que ce soit les individus.

Quand l’Acadie s’est sortie de l’ombre, ce sont les communautés religieuses qui ont assumé une grande partie de l’investissement. Les pères de Sainte-Croix, les Eudistes, les Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph, les Religieuses de Notre-Dame du Sacré-Cœur et toutes les autres congrégations de religieuses et de religieux ont ouvert des collèges et des académies aux quatre coins de l’Acadie des Maritimes.

Avec le temps, au cours des années 1960 et 1970, ce sont les gouvernements qui ont pris en charge les coûts liés à la formation collégiale et universitaire. C’était à une époque où un diplôme d’études secondaires garantissait presque un emploi. Mais on a toujours cru que la formation collégiale et universitaire rendait la société plus forte et mieux en mesure de faire face à l’avenir. On entrevoyait peu à peu une économie et une société fondées sur le savoir.

À partir des années 1980 et jusqu’à nos jours, cependant, le fardeau de l’investissement collectif, assumé par les gouvernements des provinces et du fédéral, s’est déplacé sur les épaules des individus. C’est-à-dire que désormais, l’investissement dans les études postsecondaires se fait de plus en plus par la population étudiante et les familles. Or, en 2017, se lancer sur le marché du travail avec un diplôme d’études secondaires est de moins en moins une option.

Ainsi, si l’étudiant ou ses parents n’ont pas les moyens de payer pour les études, il faut alors se tourner vers l’endettement. Par exemple, à l’Université de Moncton, les subventions provinciales représentent désormais 50,7% des revenus alors que celles du fédéral représentent 10% des revenus.

Quand on sait qu’un étudiant peut accumuler une dette d’étude auprès des programmes de prêts du gouvernement pouvant dépasser les 60 000$, on voit clairement que le gel du financement des études postsecondaires a opéré un déplacement du poids de l’investissement de la société vers les citoyens.

À cela, il faut aussi ajouter les étudiants qui contractent un prêt auprès d’institutions financières.

Stéphanie Grammond, dans sa chronique du 1er octobre dans le journal La Presse nous apprenait que «certaines banques allongent de 40 000$ à
150 000$» en prêt aux étudiants de certains programmes de formation. Certains futurs médecins peuvent même avoir une marge de crédit de 275 000$ pendant leurs études!

Évidemment, ces dettes doivent être remboursées… avec intérêts. Mais qui paie, en fin de compte? D’une manière ou d’une autre, ça va être la société. C’est elle qui paiera pour les couples qui retarderont l’achat d’une maison, l’arrivée de leur premier enfant et tous leurs autres projets. C’est elle qui paiera pour les jeunes adultes qui ne choisiront pas nécessairement de poursuivre des études dans leur domaine de rêve parce qu’ils n’en ont pas les moyens.

Bien sûr, il y a des programmes de réduction de prêts et de remboursement des droits de scolarité. Je doute cependant que ce soit la formule la plus économique et la plus efficace à la fois pour les étudiants et pour la société dans son ensemble. Du moins, il y a des pays, notamment en Europe, où les droits de scolarité sont réduits au minimum et où le niveau de vie et de bonheur figure parmi les meilleurs au monde.