Legs de Mgr Melanson

Le lundi 23 octobre, ce sera l’anniversaire du décès de Mgr Joseph-Arthur Melanson mort en 1941. Nous pouvons certes retenir qu’il a été le premier archevêque de Moncton de 1936 jusqu’à sa mort. Pendant son épiscopat, il a vu à la construction de la cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption qui est le monument de la reconnaissance acadienne.

Mais il y a plus. Mgr Melanson a fondé une communauté religieuse: les Filles de Marie-de-l’Assomption. Ayant besoin d’éducatrices pour l’école de sa paroisse, le curé Melanson va rassembler de jeunes femmes qui ont «l’étoffe du pays» selon ses mots. Les ouvrières de la première heure vont s’engager dans la vie religieuse le 2 septembre 1922… il y a 95 ans cette année!

Cet anniversaire est une occasion de réfléchir à la vie religieuse aujourd’hui. Le chemin qu’elles balisent par leur vie de prière et d’engagement peut aussi être emprunté par plusieurs dans leur vie quotidienne. Je partage avec vous une partie de ma méditation préparée et livrée aux religieuses rassemblées dans leur chapelle de la maison-mère à Campbellton le 15 août dernier.

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Aujourd’hui encore, Dieu inspire des hommes et des femmes à répondre à son appel. Il suscite le vivre ensemble pour une parabole de communion où la communauté compte autant que ses membres pris séparément. Les communautés religieuses sont voulues par Dieu dans notre Église et notre monde.

Si un jour on parlait des filles de Marie-de-l’Assomption au passé, certains pourraient y voir un accident de l’histoire. Ou le fruit d’un conditionnement sociologique d’une époque. Ils ne verront pas l’expression de la mise en œuvre du désir de Dieu de s’incarner dans la vie de centaines de femmes qui nous ont fait signe et nous ont pointés un ailleurs invisible pour les yeux, mais essentiel pour le cœur.

Après 95 ans de dévouement en Acadie, au Zaïre, au Honduras, aux Philippines et ailleurs, les filles de Marie-de-l’Assomption poursuivent leur œuvre essentielle de nous faire lever les yeux vers le ciel et de nous pointer une étoile plus brillante que les autres. La pauvreté en nombre ne doit pas faire rétrécir la taille de la vision des fondatrices et de leur ministère… qui est de nous rappeler l’intimité à laquelle nous sommes appelés.

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La vie religieuse est une vie d’intimité. Avec la vie d’abord. Vous allez me dire que ça va de soi: être vivant, c’est être en intimité avec la vie. Pas nécessairement. Il y a des gens qui existent sans avoir développé avec leur vie une complicité amoureuse. Des gens qui tiennent à distance certaines réalités personnelles et communautaires, qui ne peuvent consentir à ce qu’ils n’ont pas choisi. Comment alors pouvoir rencontrer les autres et les aimer en vérité si l’on ne s’est pas d’abord rencontré soi-même? Accepter la vie telle qu’elle est donnée, même si elle déçoit, c’est là que commence toute liberté, toute sainteté.

Si chacun se regardait avec tendresse, peut-être y aurait-il lieu de découvrir que dans ce que nous condamnons en nous, ce n’est rien d’autre que le bien, blessé, qui supplie et mendie sa part de joie et de réconciliation. Vouloir à tout prix la perfection ici-bas, vouloir une communauté parfaite, des consœurs parfaites, une existence parfaite, c’est refuser notre condition de créature. Devant nos propres limites, le premier mouvement ne devrait pas être le déni, mais l’acceptation douce, humble sereine.

La vie religieuse commande une intimité avec la vie. Et avec Dieu. C’est inséparable. Cette intimité avec Dieu qui continue de murmurer à notre cœur sa Parole. Une intimité à travers les heures d’oraison, les nombreuses eucharisties, les silences remplis de ceux et celles qui n’ont plus besoin de paroles pour se dire leur amour. Cette vie d’intimité devient une réédition originale du merveilleux poème de Cantique des Cantiques dans la vie religieuse. Qu’elles en soient remerciées!