Le renard, un animal des plus futé

Semblerait qu’advenant un cataclysme nucléaire, les araignées, les rats et les goupils seraient les seuls survivants. Les goupils; ciel, quosçé ça! Le Nouveau-Brunswick en compte des milliers. Que l’on se le tienne pour dit, la langue française n’a pas son pareil pour faire peur au monde! En fait, l’un des présupposés trois survivants, advenant un concours afin de déterminer une fois pour toutes lequel entre Trump et Little Rocket Man peut pisser le plus loin, n’est nul autre qu’un résident permanent dans notre province: l’opportuniste renard. Fin et rusé comme un renard. Sa réputation transcende les âges et ses perdurables qualités astucieuses lui ont permis de survivre dans un environnement sans cesse rétrécissant.

Souvent maudit comme pilleur de poulaillers par nos ancêtres, l’animal est à la hauteur de son intelligence. Rusé, opportuniste et véritable contorsionniste, le renard peut aisément s’infiltrer dans un poulailler par une ouverture aussi petite que trois pouces en diamètre. Dans la mesure du possible, le canidé s’enfuit avec sa proie; mais dans l’éventualité où cette dernière est trop dodue pour passer dans l’isthme ayant donné accès au chasseur, celui-ci se mettra volontiers à table à l’intérieur de l’enceinte clôturée.

De nature méfiante, le renard vivant près des centres urbains et en campagne préfère étaler ses talents de chasseur sous le couvert de la nuit. Cependant, en milieu sauvage il est rarement au repos. Sans menace apparente, on l’observe souvent au petit trot en quête de proie. Pour les besoins de la cause, il n’hésite guère à l’occasion de se montrer un peu sociable.

Petite anecdote appuyant ce comportement: il n’y a pas longtemps, ma femme et moi marchions en forêt tenant en main quelques perdrix que nous avions chassées. Un renard s’est pointé dans le sentier et nous a suivis de passablement près durant une bonne quinzaine de minutes. De toute évidence, il voulait sa part du gâteau! Et bien soit; sous l’insistance de ma complice, je lançai une perdrix en sa direction. D’une étonnante rapidité, il s’est précipité en s’élançant dans les airs pour attraper la perdrix avant qu’elle ne touche le sol. En un rien, maître renard avait tiré sa révérence; sa disparition soudaine garante d’une méfiance au cas où je changerais d’idée!

Le renard de nos forêts, surnommé renard roux, jouit présentement d’une saine population. De moins en moins convoité pour sa fourrure, on le retrouve partout sur le territoire canadien. Il est, semble-t-il, l’ancêtre de la multitude de diverses races de renards que l’on trouve partout sur la planète.

Parmi les plus célèbres, on y trouve le renard argenté, le renard arctique, le fennec, le renard marbré, le renard gris et le renard croisé. Le canidé a su à travers les âges s’adapter aux rigueurs et aux exigences de son environnement. Ainsi, le renard arctique est très à l’aise à des températures avoisinant les – 70°C tandis que le fennec qui habite les régions arides africaines se sent chez lui dans des conditions suffocantes. Le fennec est le plus petit des renards. Ses oreilles d’une longueur d’environ six pouces sont très vascularisées, lui permettant ainsi une dissipation de la chaleur.

La renarde rousse donne naissance à quatre ou cinq renardeaux après une période de gestation d’environ huit semaines. À l’instar des chiots, ceux-ci naissent sourds et aveugles. Ce n’est que vers le quatorzième jour que leurs yeux s’ouvrent.

Nichés dans leur terrier, mère et renardeaux y demeureront pendant plusieurs semaines tandis que le mâle s’occupe de subvenir aux besoins nourriciers. Les turbulents petits sont en mesure de chasser vers la sixième semaine. La croissance des jeunes renards est phénoménale. À six mois, il est impossible de les différencier des adultes. La maturité sexuelle est atteinte vers l’âge d’un an et leur espérance de vie à l’état sauvage avoisine les cinq ans.

Doté d’une ouïe formidable, le renard peut percevoir le mouvement d’un rongeur sous la neige. Vous le verrez faire le guet pendant de longues minutes pour finalement effectuer un saut à travers la croûte neigeuse pour en ressortir avec sa proie.

Un animal dont les vertus ont été étalées depuis des lustres. Laissons à un artiste du dix-septième siècle les qualités quasi humaines conférées à cet illustre canidé. Jean de la Fontaine nous a peint avec toute l’éloquence de la langue française les attributs d’un animal des plus futé. Voici donc ce bijou qui refuse de vieillir.