Une histoire hors de l’ordinaire

Retenez bien ce nom: Drake Batherson.

Vous n’avez pas fini d’entendre parler de ce jeune phénomène de la Nouvelle-Écosse.

Âgé de 19 ans, Batherson domine en ce moment la Ligue de hockey junior majeur du Québec avec 28 points, dont 16 buts. Il s’agit là de deux sommets dans le circuit.

La nouvelle vedette des Screaming Eagles du Cap-Breton n’a d’ailleurs toujours pas été blanchi de la feuille de pointage en 14 parties cette saison et il vient de réussir 12 points dans ses trois derniers duels. Même que mardi soir, face aux Wildcats de Moncton, il s’est permis de faire un Gordie Howe de lui-même en étant crédité d’un but, de trois passes et d’une bagarre.

Batherson domine aussi la LHJMQ au chapitre des buts en supériorité numérique (6) et il figure parmi les meilleurs centres dans le cercle des mises au jeu avec un taux de réussite de 55%.

Honnêtement, il y a longtemps que je n’avais pas été autant impressionné par une telle éclosion dans le circuit Courteau. Depuis Patrice Bergeron, pour tout vous dire.

Bien sûr, Philippe Myers, Paul Byron, Jason Demers et Mathieu Perreault, pour ne nommer que ceux-là, sont de fort belles histoires. Myers, par exemple, a été victime de l’aveuglement des recruteurs avant que les Flyers de Philadelphie ne s’assurent ses services. Mais l’histoire de Batherson, elle, sort tout simplement de l’ordinaire.

Écoutez, le chemin parcouru par Batherson depuis trois ans dépasse aussi bien dire l’entendement. Il a d’abord été ignoré lors de l’encan de 2014. Les Eagles ont ensuite pris une chance un an plus tard au sixième tour (97e au total). Or, comme Bergeron en 2001 à Bathurst, Batherson n’a pas été en mesure de se tailler un poste à son année de sa sélection. Malgré ses 17 ans, on le jugeait trop frêle à 5 pieds 8 pouces et à 148 livres. Les Eagles ont donc préféré le retourner à sa formation midget AAA des Wildcats de Valley.

La saison dernière, à la surprise générale, il termine au quatrième rang parmi les meilleures recrues de la LHJMQ en y allant d’une récolte de 58 points en 61 matchs. Ce sera suffisant pour convaincre les Sénateurs d’Ottawa de le repêcher en quatrième ronde (121e au total) en juin.

Il impressionnera tellement au camp des recrues des Sénateurs que ces derniers n’hésitent aucunement à lui faire parapher un premier contrat professionnel dès le 3 octobre. Croyez-moi, ce n’est pas arrivé souvent qu’un choix de quatrième tour signe un contrat moins de quatre mois après sa sélection.

Autre point qu’il a en commun avec Bergeron, il est passé en peu de temps de joueur chétif à un athlète costaud. Aujourd’hui, Batherson est un solide gaillard de 6 pieds 2 pouces et de 188 livres, ce qui veut dire qu’il a grandi de six pouces et pris une quarantaine de livres en un peu plus de deux ans.

Par ailleurs, comme les Screaming Eagles sont dans une phase de reconstruction et que Batherson ne sera assurément pas de retour pour sa saison de 20 ans, il faut s’attendre à ce qu’il soit marchandé pendant la période des Fêtes. Il deviendra alors l’un, sinon le joueur le plus convoité parmi les équipes désirant se rendre jusqu’au bout.

Voilà une belle prise que pourrait faire Sylvain Couturier avec le très convoité premier choix des Islanders obtenu dans l’échange qui a envoyé Guillaume Brisebois à Charlottetown.

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Quelques petites anecdotes concernant Batherson.

Son père Norm est un ancien hockeyeur professionnel qui a traîné son baluchon pendant plusieurs saisons dans la Ligue américaine, la Ligue internationale et en Allemagne.

Drake, lui, est né en 1998, année où le paternel évoluait avec les Komets de Fort Wayne. Et parmi ses coéquipiers se trouvait le défenseur étoile acadien Guy Dupuis, de Memramcook.

De plus, la soeur de Drake, Anna Mae, est elle aussi une excellente hockeyeuse. Âgée de seulement 16 ans, Anna s’est déjà compromise avec l’Université de Syracuse dans la NCAA, équipe qu’elle rejoindra à temps pour la saison 2020-2021. L’adolescente évolue à la position de défenseur et porte actuellement les couleurs de l’école privée de King’s-Edgehill de Windsor, en Nouvelle-Écosse.

En passant, elle sera l’une des coéquipières d’Ève LeBlanc au sein d’Équipe Atlantique, la semaine prochaine, lors du Championnat canadien U-18 qui sera présenté au Pavillon de Québec.

C’est petit, le monde du hockey.