Hommage à la communauté chrétienne de Nigadoo

En 2017, Nigadoo célèbre ses 50 années d’incorporation comme village. Je ne veux pas que cette année se termine sans que j’ajoute ma voix à plusieurs autres pour dire mon admiration face à la beauté naturelle de ce village et surtout mon appréciation aux catholiques qui ont choisi d’y vivre.

En langue autochtone, Nigadoo signifie refuge ou cachette. L’endroit a reçu ce nom bien avant que les Acadiens s’y installent. Les berges de la rivière Nigadoo offrent un abri naturel qui permet de se protéger en entrant un peu dans les terres.

Aujourd’hui encore, c’est un endroit dont la beauté naturelle offre plus qu’un refuge, mais de multiples occasions de s’émerveiller au bout de plusieurs chemins qui mènent à la baie des Chaleurs ou à la rivière. La forêt fait aussi partie de l’histoire de la municipalité puisqu’un moulin a contribué à l’essor économique du milieu; ses ruines, datant du 19e siècle, sont encore visibles en bordure de la rivière.

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Nigadoo est un des seuls villages à ne pas avoir d’église sur son territoire, du moins dans le diocèse de Bathurst. Ce n’est pas parce que les ancêtres de cette région n’ont pas essayé. Avec raison, conditionnés par les besoins sociologiques de l’époque, les pionniers ont voulu avoir une église.

Cela allait de soi autrefois: chaque village avait son école, son église, son curé. Mais les démarches n’ont pas réussi à faire construire une église au village. Ni à faire déménager une église sur le territoire.

On a souvent associé la présence d’un édifice religieux à la présence de croyants dans un milieu. C’est vrai qu’une maison de prière inscrit dans le paysage d’une région est une dimension non négligeable de la foi qui anime les gens. Mais il y a plus important qu’un lieu de culte.

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Plus impérieux qu’une église, ce sont les valeurs chrétiennes qui montrent la présence du christianisme dans un milieu. Jésus a dit: «C’est à l’amour que tous vous reconnaîtront comme mes disciples» (Jn 13, 35). À cause de cela, nous pouvons dire qu’à Nigadoo, une communauté chrétienne est bien vivante depuis les origines. Et visible.

Il y a d’autres maisons que celles pour célébrer le culte qui sont importantes pour vivre et témoigner des valeurs chrétiennes. Il y a des maisons où se vit la charité au jour le jour. Où on apprend aux enfants le respect et le sens du devoir. Des maisons où sont accueillis et où vivent des personnes avec un handicap ou une maladie. Des maisons où les voisins s’aident mutuellement dans leurs travaux et partagent leurs joies et leurs peines. Toutes ces maisons valent autant qu’une maison de prière.

Alors que certaines communautés assisteront inévitablement à la fermeture de leurs lieux de culte, Nigadoo nous rappelle que le fait de ne pas avoir d’église, ce n’est pas la fin ou l’absence du christianisme dans un milieu. Au contraire! C’est l’occasion de retrouver ce qui est au cœur de l’identité chrétienne: l’amour de Dieu et des autres qui s’exprime dans le service. C’est au ras des réalités quotidiennes qu’on mesure la valeur du christianisme.