Les risques du métier

Donner son avis, comme je le fais toutes les semaines, comporte son lot de risques: celui d’aller à l’encontre des bien-pensants et celui d’être mal lu et donc mal compris.

La semaine dernière, j’ai parlé de la nécessité pour les femmes de régler elles-mêmes certaines formes mineures de harcèlement pour que les cas graves de viol et d’agression prennent toute leur place devant la Loi. On m’a mal compris et accusée de tout ce que je dénonçais.

Aujourd’hui, je vais me faire crucifier pour un autre sujet controversé: l’écriture inclusive «permettant d’assurer une égalité des représentations entre les femmes et les hommes». C’est le site officiel de cette écriture qui le dit et qui propose trois conventions simples:

  • Ne plus utiliser le mot Homme avec majuscule: dire «droits humains» plutôt que «droits de l’Homme». Logique, bien que Homme veuille simplement dire «Race humaine» qui comprend les femmes puisque ce sont elles qui en assurent la continuité.
  • Féminiser les titres. Là encore, pourquoi pas? Bien que certaines formes soient bien laides, comme «écrivaine» que je refuse catégoriquement, (mais j’accepte avec plaisir «auteure»).
  • Et, la pièce de résistance (sic) «user du féminin et du masculin, par la double flexion, l’épicène ou le point du milieu.» Exemple: «Si les candidat.e.s à l’élection le souhaitent, ils-elles peuvent se présenter…»

C’est ce dernier principe qui effraie l’Académie française. Elle redoute l’avènement «d’une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l’illisibilité.» Et là, je suis d’accord. On a beau vouloir que notre langue soit non-sexiste, à moins de se mettre à parler l’anglais qui privilégie, lui, la neutralité des mots, le français aura toujours un masculin et un féminin! Person.ne ne peut le nier, ni exiger de chacun.e qu’il-elle la parle ou l’écrive de cette atroce manière.

Ce n’est pas être anti-féministe que de le dire. Je ne vois pas comment Marguerite Duras ou Simone de Beauvoir auraient pu écrire leurs œuvres de cette manière stérile, qui tue toute possibilité d’art, de beauté et de dépassement de soi.