Le Nouveau-Brunswick et la taxe sur le carbone

BERNARD THÉRIAULT

Le simple fait que les mots taxe et carbone soient placés dans la même phrase est assez pour rendre les conservateurs fous de rage. Ceux qui, avec leur chef Blaine Higgs – alors ministre des Finances – sont responsables des plus hautes augmentations d’impôts sur le revenu de la province, vont encore nous dire que la taxe sur le carbone annoncé lors du dernier discours du trône est la fin du monde pour la province. C’est tout simplement faire fi des réalités climatiques de notre monde est c’est aussi se mettre la tête dans le sable devant l’énorme défi auxquels font face notre province et notre pays pour sauver la planète.

La taxe sur le carbone est un sujet d’une telle complexité qu’il devient difficile d’en comprendre tous les tenants et les aboutissants. Commençons par dire que c’est une taxe environnementale sur les émissions de dioxyde de carbone qui fait payer les pollueurs proportionnellement au niveau des émissions qu’ils produisent. On s’entend que les plus grands pollueurs au pays sont ceux qui utilisent les carburants fossiles comme l’essence, le diesel et le charbon.

Pas de surprise quand on constate qu’ici, au N.-B., nos plus grandes sources d’émissions de dioxyde de carbone nous proviennent de deux sources principalement. D’abord la raffinerie d’Irving Oil à Saint-Jean, ainsi que les centrales au pétrole et au charbon de Belledune et Coleson Cove, qui seront de loin les plus taxés avec cette nouvelle politique.

De plus, dans le cadre des accords de Paris contre le réchauffement de la planète, nos gouvernements se sont engagés à fermer ces centrales au charbon et au pétrole.

Expliquons également qu’après que quelques provinces se soient entendues sur des formules de taxation ou encore sur un système de bourse du carbone, le gouvernement Tru­deau a dit l’an passé qu’il imposerait aux provinces qui n’ont pas encore agi sur la taxe du carbone une tarification dont les revenus seraient retournés aux provinces et utilisés – on l’espère – pour combattre les sources de pollution.

Avant que le couperet fédéral ne nous tombe sur la tête, voilà que le gouvernement Gallant a annoncé dans son discours du trône, la semaine dernière, que la taxe sur le carbone sera mise en place dans le prochain budget.

Soyons honnêtes ici, ceci aura sûrement comme conséquences de voir nos tarifs d’électricité et le prix du pétrole augmenté de façon significative.

Irving Oil, avec raison, émet des inquiétudes puisque plus de 80% de sa production est vendu aux États-Unis, ce qui rend l’entreprise très vulnérable dans sa volonté de demeurer compétitive avec des producteurs qui, eux, ne seront pas assujettis à cette taxe. On rassure cependant la compagnie en disant que le gouvernement tiendra compte de la réalité des marchés de nos manufacturiers.

Bref, malgré sa complexité, la taxe sur le carbone saura encourager les pollueurs à réduire leurs émissions et pourra également motiver les consommateurs à être plus prudents dans leurs habitudes de consommation. Quant au gouvernement, il devra résister à la tentation d’utiliser les revenus de cette taxe pour autre chose que combattre la pollution. Il en va de l’avenir de notre province!

JEANNOT VOLPÉ

La taxe sur le carbone de Justin Trudeau n’est qu’une autre taxe et une façon sournoise d’aller chercher plus d’argent dans vos porte-monnaie. Si l’augmentation de la taxe sur le carburant incitait les consommateurs à réduire leur consommation, pourquoi celle-ci n’a-t-elle pas diminué au N.-B. avec les augmentations de taxes des 10 dernières années?

Cette nouvelle promue comme un moyen de faire payer les grosses industries polluantes sera tout simplement transférée aux consommateurs. Les grandes industries pourraient aussi déménager dans des pays où la réglementation est moins contraignante et qui utilisent des combustibles encore plus polluants, ce qui fera augmenter encore davantage les émissions mondiales.

Souvent, des développeurs très convaincants réussissent à faire avaler leurs projets très prometteurs aux politiciens et les payeurs de taxes paient la facture des millions de dollars avancés en subventions. Un bel exemple est l’utilisation de l’éthanol que les producteurs de maïs américains ont réussi à faire intégrer à l’essence. Le résultat, un combustible moins performant, qui coûte plus cher et qui endommage certains moteurs. Que penser des champs de panneaux solaires qui sont maintenant envahis par les arbustes à la suite de projets de subventions qui ont pris fin?

Cette semaine le ministre provincial de l’Environnement, Serge Rousselle, disait que le N.-B. n’avait pas le choix d’imposer une taxe sur le carbone, sinon le fédéral le ferait lui-même. Est-ce que le gouvernement Gallant est pour ou contre une taxe sur le carbone? Il est reconnu que les entreprises du secteur manufacturier seront négativement affectées et, surtout, si elles exportent dans des juridictions qui n’ont pas ce genre de taxe. Notre plus grand marché demeure les États-Unis et il ne semble pas que M. Trump ou la Chine vont imposer ce genre de taxe. Pas très prometteur pour notre province qui est déjà l’une des juridictions les plus taxées.

Pourquoi la Nouvelle-Écosse a-t-elle réussi à négocier une option moins contraignante qui lui permet de graduellement réduire sa consommation de charbon et de minimiser l’impact sur son économie? Quelles sont les options proposées pour le N.-B.?

Le chef de l’opposition officielle du N.-B. dit favoriser les nouvelles technologies et travailler avec les industries afin de continuer de réduire les émissions, mais d’une façon moins contraignante et dommageable pour l’économie provinciale.

Que feront les agriculteurs, les pêcheurs, les travailleurs forestiers ainsi que les entreprises des secteurs manufacturier, métallurgique et du béton qui doivent utiliser de l’énergie afin de nourrir la population, développer le secteur de la construction et faire rouler l’économie?

Le N.-B. a déjà fait plus que le plan proposé il y a 20 ans visant à réduire les émissions atmosphériques, et ce, avec les taxes existantes.

Le prix de tout ce qui utilise des produits pétroliers va augmenter, pas seulement votre consommation d’essence. Le coût de production des aliments ou leurs transports, le coût de l’électricité ou de construction feront augmenter le coût de la vie de tous les citoyens de plusieurs milliers de dollars par année.