Thor – Ragnarok: un divertissement de grande qualité

Patrice CôtéChroniques

Marvel semble avoir appris de ses erreurs. La multinationale nous offre, avec Thor: Ragnarok, un des spectacles les plus divertissants de l’histoire de la franchise.

Thor (2011) et Thor: Un monde obscur (2013) n’ont pas été les succès escomptés.

Les efforts des studios pour intégrer un personnage fantastique (Thor est le dieu du tonnerre) dans un monde qui était à ce moment totalement ancré dans le réel ont raté leur cible.

Mais depuis quelques années, Marvel se distancie de plus en plus des héros terre à terre comme Iron Man et Captain America pour se tourner vers des personnages qui vivent dans l’espace (les Gardiens de la galaxie) ou qui disposent de pouvoirs magiques (Doctor Strange, Scarlett Witch et, à la limite, Ant-Man).

Dans cet univers peuplé de créatures étranges où les lois terriennes de la physique ne s’appliquent plus, Thor est maintenant à l’aise comme un poisson dans l’eau.

Méchante soeur

Le nouveau Thor met en scène une ancienne prophétie, le Ragnarok, qui annonce la chute du royaume d’Asgard.

La prédiction se met lentement en branle quand, à la suite du décès du roi-dieu Odin (Anthony Hopkins), Hela (Cate Blanchett) retrouve tous ses pouvoirs.

Soeur de Thor (Chris Hemsworth) et Loki (Tom Hiddleston), Hela avait été exilée et emprisonnée par Odin en raison de sa cruauté.

Lors de leur premier affrontement avec leur soeur, Thor et Loki sont propulsés sur une étrange planète dépotoir, où le premier est contraint à servir de gladiateur alors que le second joue les courtisans.

Pendant ce temps, à Asgard, Hela met en place ses plans destructeurs qui consistent à conquérir l’univers.

Coincé sur une planète qu’il ne peut pas quitter, Thor devra faire preuve d’ingéniosité et accorder sa confiance à des partenaires plutôt louches (dont Hulk!) s’il souhaite sauver son royaume.

Débordant d’humour

Si Thor: Ragnarok réussit là où ses deux prédécesseurs ont échoué, c’est parce que son humour est parfaitement dosé, que ses personnages secondaires sont attachants et que Thor évolue enfin un peu.

On a droit à un long métrage qui ne se prend pas au sérieux, dont le scénario et le décor sont un mélange entre Game of Thrones, le Nouveau Testament, les chevaliers de la Table ronde et Les Gardiens de la galaxie.

L’humour vient principalement de la bouche de Thor, qui n’a jamais eu la langue dans sa poche, mais qui, ici, semble avoir un malin plaisir à se lancer dans des joutes oratoires avec à peu près tout le monde. Ses échanges pleins d’esprit avec Loki, Hulk (Mark Ruffalo) et la nouvelle venue Valkyrie (Tessa Thompson) sont particulièrement drôles.

Parlant de Hulk et de Valkyrie, ils sont à la tête d’une cohorte de personnages secondaires vraiment intéressants. Le volubile révolutionnaire Krog et, surtout, le Grand Maître (le très solide Jeff Goldblum, qui vole la vedette dans toutes ses scènes) ajoutent une touche de profondeur et d’humour intelligent qui manquaient dans les deux premiers volets.

Comme c’est souvent le cas avec Marvel, le scénario est dépouillé de nuance et est assez prévisible. Malgré tout, les scénaristes sont parvenus à faire évoluer Thor, chose que l’on n’avait pas encore vue après quatre films (en comptant les apparitions du nordique dans les deux épisodes des Avengers).

Sans dire que Thor s’assagit, il est certainement beaucoup plus mature dans Ragnarok. Il démontre des qualités de meneur et parvient, en plusieurs occasions, à mettre de côté son ego surdimensionné au profit du bien commun.

Il est certainement très rafraîchissant de voir un Thor dont l’héroïsme s’exprime par autre chose que la force brute.

Un grand spectacle

Comme c’est devenu la norme avec Marvel, Thor: Ragnarok est un spectacle éblouissant.

Dès la cinquième minute, le blondinet sort son marteau et en vient aux prises avec un démon de feu et sa bande de minions. Et le résultat, sur une entraînante musique électronique, est magnifique.

Pour la première fois, j’ai eu l’impression de voir sur grand écran le Thor de mon enfance, celui qui, dans les dessins animés, détruisait tout sur son passage.

Évidemment, le combat entre Hulk et Thor est un des moments forts de l’oeuvre, mais comme c’est trop souvent le cas dans les films de superhéros, la majeure partie des images sont créées par ordinateur, ce qui enlève toutes humanité et chaleur à la scène.

La bataille finale, face à la méchante Hela, est aussi réussie. Le rythme entre les dialogues et les scènes d’action est très bien dosé pour un film du genre.

Très drôle, beau et humain dans sa fantaisie, Thor: Ragnarok est un divertissement de grande qualité.