La liberté en rose!

Tandis qu’Alléluia, ma nouvelle laveuse, se lançait vaillamment dans sa première brassée, j’essayais de garder un œil sur le peintre qui badigeonnait allègrement de couleurs neuves les murs de l’appart. Les murs… et tout ce qu’il croisait sur son chemin…

Mon taux de stress a battu un record! J’ai même craint que mes pontages ne pètent au frette. Mais tout est bien qui finit bien et je me présente devant vous aujourd’hui aussi frais et dispos qu’un vieux garçon tout écréanché qui s’apprête à réaménager un appartement littéralement viré à l’envers par un ouvrier peu porté sur la finition, la minutie, et la propreté.

J’ai profité du passage de cette tornade domestique pour «donner au suivant», comme le veut l’expression consacrée, une tonne de ces trucs qu’on croit indispensables à notre bonheur ménager alors qu’en réalité ils ne font qu’occuper l’espace en captant chaque infime brin de poussière que le bon Dieu a créé et que le diable m’interdit d’épousseter! Bon débarras!

Résultat: la bibliothèque a maigri de plus d’une centaine de livres, et je n’ai plus à faire du slalom entre divers meubles d’appoint pour me rendre du salon à la salle de bain: la voie est libre! Je sens même un nouveau courant d’air Feng Shui qui circule dans ma tanière, redéployant l’énergie vitale dans une apothéose divine. Bref, j’ai le yin et le yang au vif!

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Mais, n’ayez crainte, ce n’est pas parce que je campe temporairement sur un chantier que j’ai négligé les affaires courantes, les affaires politiques, les affaires diplomatiques et les affaires qui n’ont pas d’allure. Oh! que non! Pas moi!

Tenez, j’ai suivi l’affaire du député québécois Guy Ouellette arrêté par l’UPAC, l’Unité permanente anticorruption du Québec. Une affaire louche. Et celle du député acadien Donald Arseneault fortement incité à démissionner après s’être trouvé un nouveau job de lobbyiste dans un grand syndicat. Allo, éthique étriquée!

Et grâce aux cris de jubilation incantatoire du maire d’Edmundston sur sa page Facebook, j’ai pu apprécier tous les ébats sportifs du Blizzard, la nouvelle équipe de hockey chargée de défendre les couleurs de la capitale de la République. Ils pourront évoluer dans le tout nouveau centre socio-récréo-touristicocorico local. Avant, on appelait ça un aréna. Une affaire à suivre!

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Et que dire de la tuerie dans une église du Texas, après la fusillade de masse à Las Vegas! Sans oublier les plus petites qui font de moins en moins la manchette parce qu’on finit par s’y habituer, maintenant qu’on s’est résigné à les tolérer.

J’observe que les autorités américaines cherchent vaillamment à déterminer le motif qui anime ces tueurs. Encore tout à l’heure, un «expert» ergotait en ondes que le fait de connaître leur motivation aide à éviter que cela ne se reproduise. Méchante grosse déduction, Chose. C’est ce qu’on appelle en anglais de la bouse de bœuf.

Ces gens-là tuent parce qu’ils ne sont pas gentils. Voilà. Et toutes leurs victimes montent au ciel. Voilà. Et Dieu protège les États-Unis. Voilà. Et pas besoin de contrôle sévère des armes à feu. Voilà. C’est dit. En attendant le prochain massacre.

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Il y a quand même de bonnes nouvelles. Tenez: la reine n’est pas obligée de transporter toute sa fortune sur sa tête et autour de son cou, pauvre elle, comme on pourrait le croire quand elle se déguise en arbre de Noël paré de diamants, d’émeraudes, de rubis et de saphirs, mais elle peut en mettre en sécurité dans des paradis fiscaux. Ouf! Une chance. À son âge, une hernie cervicale, ça ne pardonne pas.

Autre bonne nouvelle: l’élection de la première femme à la tête de la ville de Montréal. Il aura fallu attendre 375 ans après Jeanne-Mance, cofondatrice de Montréal, pour qu’une femme réalise un tel exploit. Malheureusement, il paraît que la mairesse a, par la même occasion, fait éclater un plafond de verre!

Faut dire qu’elle stridulait royalement le soir de sa victoire! Maintenant, beaucoup de contribuables montréalais se demandent quel prix ils devront payer pour ce plafond de verre.

Bof, avec l’argent qu’ils pourront économiser en prenant le métro rose, ce sera possiblement kif-kif. En effet, la nouvelle mairesse a proposé l’ajout d’une ligne rose au métro, une ligne qui traverserait la ville quasiment d’un bout à l’autre. Il est possible aussi que les milliers de cônes orange qui encombrent les rues de Montréal soient repeints en rose. Même le pont Jacques-Cartier a pris, heureux hasard, des allures roses lors de l’élection de la nouvelle mairesse.

Oui, Montréal voit la vie en rose. Il ne manque plus que les lunettes!

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À juste titre, les femmes (et pas mal d’hommes!) se réjouissent de cette première. C’est une avancée aussi significative que spectaculaire.

Décidément, quoi qu’on dise, et bien que certaines et certains puissent trouver que ça prend du temps, il n’en demeure pas moins que les desiderata des femmes s’imposent de plus en plus dans le discours public, que ce soit la question de la conciliation famille-travail, l’équité salariale, de même que la parité homme-femme dans les milieux politiques, entrepreneuriaux, administratifs.

En revanche, les scandales à connotation sexuelle, la question du harcèlement et de la violence au travail démontrent qu’il y a encore un bon bout de chemin à faire!

Encore plus quand on pense qu’au même moment, en cette année 2017, pour parler comme Justin Trudeau, on s’apprête, au Québec, à contester la constitutionnalité d’une loi récente qui interdit de donner ou recevoir à visage couvert un service de l’État. Pire: que cette contestation est faite au nom, entre autres, de la liberté de religion. Alors que cette prétendue «liberté» est carrément une atteinte à une autre liberté qui prime ou devrait primer, du moins par ici: celle de l’égalité homme-femme!

Ce qu’il faut retenir de cette contestation, c’est qu’elle n’est aucunement formulée pour des raisons religieuses, mais qu’il s’agit d’une démarche politique qui, loin de viser une quelconque liberté religieuse de la femme, cherche insidieusement à induire la préséance d’une idéologie intégriste rétrograde sur la constitution canadienne.

Et ça, c’est: NON.

Han, Madame?