Combattre l’obscurantisme

La génération de mes parents et celle de mes grands-parents primaient la connaissance par-dessus tout, ce Saint Graal qui assurerait le progrès inexorable de notre race humaine. C’est comme ça que nous avons envoyé des hommes sur la lune, guéri bon nombre de maladies et que Einstein a élaboré sa théorie de la relativité. La religion n’avait rien à faire dans cet essor humain, si ce n’est de permettre à Einstein et à d’autres scientifiques de s’émerveiller de l’infiniment petit et de l’infiniment grand et de s’interroger sur l’origine de l’Univers.

Et voici que dans ce XXIe siècle qui a prouvé l’existence des ondes gravitationnelles et des neutrinos, on est supposé prendre tout aussi au sérieux ceux et celles qui pensent que la Terre a été créée à la «naissance» d’Adam et Ève, il y a 6000 ans environ.

Que quelques personnes se laissent convaincre par ces théories, passe encore, mais que certains de nos politiciens, ici au Canada et de par le monde, se fassent l’écho de ces élucubrations comme si elles avaient autant de fondement que les bases de la science moderne, me perturbe grandement. Nous ne sommes plus au temps de Galilée et la religion (chrétienne, en tout cas) a depuis longtemps appris à concilier croyance et sciences. Demandez donc au Pape actuel, un jésuite comme Teilhard de Chardin qui y a longuement réfléchi, ou à la Reine qui dirige l’Église d’Angleterre.

On peut tout à fait être scientifique convaincu et croyant, tout comme on peut avoir la foi, peu importe laquelle, sans remettre en question le savoir et la soif de connaissance. Toute personne a droit à ses propres opinions et à ses propres croyances, mais elle n’a pas droit à ses propres données scientifiques (ou pseudo-scientifiques).

Qu’on se permette d’accuser notre nouvelle gouverneure générale, Julie Payette, de ne pas respecter les croyants parce qu’elle affirme que l’évolution nie toute possibilité de créationnisme, c’est un comble. À l’heure où, semble-t-il, notre monde bascule dans la noirceur, je suis pour ma part rassurée de voir une si brillante scientifique me représenter.