Un jour de souvenir

Serge ComeauChroniques

À un ami qui lui demandait comment il allait, quelqu’un a répondu «À part ce qui va mal, tout va bien!». Pour ma part, il m’arrive de répondre à la question si je vais bien en demandant à l’autre s’il veut la liste de ce qui va mal ou de ce qui va bien. Elles sont souvent de longueur égale.

C’est comme notre terre. Et notre Église. À la fois si belle… et si inquiétante. Comme si nous étions au bord de la paix universelle ou d’une transformation profonde.

Le terrorisme, les conflits interpersonnels et entre les superpuissances, les clivages entre la droite et la gauche, la détérioration de la planète, les maladies infantiles, la pauvreté, la vérité sacrifiée. Tout cela nous montre que nous vivons une époque trouble en quête d’un nouvel ordre.

En même temps, nous vivons une époque incroyablement belle et enthousiaste. Tant de découvertes et de progrès: des médicaments qui guérissent, les nouvelles technologies qui rapprochent les gens, les jeunes qui se mobilisent, la démocratie qui nous surprend, des gens simples qui acceptent de faire une différence.

D’un côté: des conflits nous déstabilisent. De l’autre: des semences de paix poussent sans faire de bruit. C’est du côté de l’espérance qu’il faut regarder. À l’Orient, là où le soleil se lève. Regarder avec la confiance du veilleur. Avoir peur et se laisser guider par cette force sournoise, c’est donner raison à tant de gens qui vivent avec la peur constante au ventre.

Dans un monde et une Église en quête d’un nouveau souffle, chacun a sa responsabilité. Les gardiens des valeurs de fraternité, de justice, de paix, ce ne sont pas seulement ceux qui sont au pouvoir. Pour qu’advienne la paix, nous devons briser les murs d’indifférence entre nous, faire taire les préjugés et triompher la vérité, découvrir la beauté des autres et savoir comprendre que leurs limites sont souvent le fruit de malchances dans la vie. C’est un devoir de bâtir la paix. Et d’en faire un serment en ce jour du Souvenir.

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Avec les victimes de la guerre anciennes terminées à la onzième heure du onzième jour du onzième mois. Avec les victimes des conflits qui font rage encore en cette époque où il est plus facile de contrôler ce qui est extérieur à nous-mêmes qu’à maîtriser nos passions. Avec les gens qui ont donné leur vie pour que s’entende le cri «Jamais plus la guerre», aujourd’hui, nous nous souvenons.

Se souvenir, c’est le privilège du don précieux de la mémoire. Nous portons en nous l’histoire de notre peuple et de l’humanité. Nous avons la capacité de nous souvenir des luttes des générations qui nous ont précédés et à qui nous devons le meilleur de nous-mêmes. Le souvenir fait naître en nous la gratitude, mais aussi l’engagement pour ne pas décevoir l’espérance de nos devanciers.

La mémoire chrétienne est parfois ambivalente. Le prophète dit «Ne vous souvenez plus d’autrefois. Voici que je fais toutes choses nouvelles» (Is. 43). Parce qu’il y a des gens qui se réfugient dans le passé et se complaisent dans la nostalgie en pensant que le meilleur est en arrière. De cette mémoire, il faut se débarrasser. Celle qu’il faut garder vivante, c’est la mémoire que l’Esprit a fait de grandes choses dans le passé est qu’Il est toujours à l’œuvre. Le souvenir du passé doit être un tremplin pour affronter le présent et croire en l’avenir.

 

 

C’est un privilège de pouvoir se souvenir. Même des atrocités pour ne pas les répéter ni en être complices. Même des offenses que nous avons subies pour se protéger à l’avenir. Une offense ne doit pas être oubliée, mais pardonnée; lorsqu’une blessure est pardonnée, elle n’a plus le pouvoir de continuer à faire souffrir continuellement.

Il faut aussi se souvenir des merveilles d’autrefois. Pour qu’elles se renouvellent à travers notre engagement. Pour que l’espérance reste vive. Pour pouvoir chanter «l’espoir à nos fenêtres, l’espoir qu’un jour peut-être, le soleil pourra se lever du côté de la liberté».

 

 

Cette semaine…

 

 

Rendu grâce pour la lumière qui semble poindre au bout du long tunnel de la guerre en Syrie. Avec les musulmans, je crois que le jihad qui mérite d’être mené est le grand jihad: le combat continuel et permanent contre les passions internes.

 

 

Prié avec ces mots de Paul Tremblay proposés «Au jour du Souvenir»: «Fais de nous des instruments de paix. Fais de notre Église un lieu d’apaisement, un foyer d’espérance… pour tous… et malgré tout!» (Prières au gré des jours, p. 58).

 

 

Préparé la cérémonie du jour du Souvenir en me renseignant sur le 100e anniversaire de la bataille de Vimy qui est un évènement fondateur pour le Canada. Sur la cloche d’une église située sur ce territoire qui a vu mourir tant de jeunes officiers, il est inscrit: «Je suis née de la guerre, mais je sonne pour la paix.»

 

 

Monté le son pour me laisser imprégner de ces paroles écrites dans un camp de concentration par le pasteur protestant Bonhoeffer: «Dieu, rassemble et tourne mes pensées vers toi. Auprès de toi se trouve la lumière, le secours, la patience; tu ne m’oublies pas. Je ne comprends pas tes voies, mais toi tu connais le chemin pour moi».

 

 

Écouté le concert-hommage à l’occasion du premier anniversaire de la mort du mystique Leonard Cohen. Lui aussi a chanté la coexistence pacifique entre ce qui nous oppose les uns aux autres et ce qui vit en opposition dans l’intime de chacun. Notre vie doit être cet hymne.