La démission de Donald Arseneault

BERNARD THÉRIAULT

C’est loin d’être une coïncidence si Donald Arseneault a fait appel à l’avocat T.J. Burke la semaine dernière, quand le premier ministre Gallant lui a servi un ultimatum. Il faut se rappeler que les deux comparses ont été élus députés pour la première fois en 2003 alors que les libéraux de Shawn Graham, à la surprise de tous, sont venus à deux sièges du pouvoir.

Jeunes députés, ils sont parmi les premiers citoyens de la génération X à se faire une place dans l’échiquier politique du N.-B. en devenant ministre sous Shawn Graham en 2006.

Pour ajouter du piquant à mon histoire, j’ajouterai le nom de Kelly Lamrock aux deux autres qui formeront la garde montante du cabinet. Ils sont coincés quelques parts entre les baby-boomers qui ont tous reçu de l’État, et la génération Y, qui elle recevra tout de ses parent.

Ils ont grandi en subissant les compressions budgétaires du gouvernement McKenna et le travail à la machette que le gouvernement de Bernard Lord effectuera dans les services publics. Résultats, ils sont généralement individualistes, très ambitieux et la loyauté n’est pas leur plus grande qualité.

Ajouter à ceci qu’ils sont la première génération de politiciens à maîtriser les médias sociaux et vous avez devant vous une recette pour beaucoup de trouble!

À sa défense, M. Arseneault est le plus loyal (le seul) des trois et deviendra un très bon député. Même s’il parle parfois trop devant les médias, il a vite fait de devenir le ministre préféré de la presse et c’est vers lui que se tourne les premiers ministres Graham et Gallant pour défendre l’indéfendable.

Confronté à la fermeture de l’usine de Dalhousie, ainsi qu’à plusieurs entreprises de sa région, le jeune député est toujours sur le terrain pour appuyer ses électeurs. Ceux-ci le lui rendent bien en l’élisant à quatre reprises. Il fait sienne sa circonscription et même les électeurs de Campbellton crieront de joie quand ils apprendront que Donald pourrait devenir leur député!

Pour ce qui est des deux autres députés Y, on connaît leur histoire, ils ont manqué de loyauté et leurs ambitions personnelles les aura fait mourir politiquement.

Revenons à Donald Arseneault qui, malgré des états de service exceptionnels, a littéralement manqué sa sortie. Il nous apparaît bien simple, vu de l’extérieur, que l’on ne peut servir deux maîtres à la fois. Et n’allez pas me convaincre que son travail n’implique pas de lobbying. Pourquoi pensez-vous qu’un syndicat embauche des politiciens? C’est pour que ceux-ci fassent les contacts avec les gouvernements pendant que les dirigeants syndicaux continuent à vociférer contre les politiciens. Car eux aussi ont des élections à gagner de temps en temps!

Des rumeurs veulent que la cause de cet empressement pour Donald Arseneault de se trouver un emploi vient du fait qu’il s’était fait dire initialement par le premier ministre que le remaniement n’aurait lieu qu’en janvier.

Quant au remplaçant de Donald Arseneault dans le Restigouche, le parti est sans doute à mesurer ses options. La loi électorale à des lacunes et une élection complémentaire pourrait possiblement être évitée. Chez les libéraux, on ne cherche pas une solution gagnante, on cherche simplement à limiter les dégâts.

JEANNOT VOLPÉ

Il n’y a pas de fumée sans feu. La possibilité de déclencher des élections cet automne a bel et bien à été considérée.

Lorsque Donald Arseneault a annoncé son intention d’accepter un autre emploi au premier ministre Brian Gallant, les conséquences sur le gouvernement ont été évaluées. M Arseneault aura probablement dit qu’il pourrait demeurer député s’il avait le droit d’occuper les deux emplois. On lui aura alors demandé de vérifier avec le commissaire aux conflits d’intérêts. Le commissaire a rendu sa décision disant qu’il était possible pour M Arseneault d’occuper deux fonctions aussi longtemps qu’il ne fasse pas de lobbying au gouvernement du N.-B.

M. Gallant a semblé satisfait de cette décision.

Le public a réagi attestant qu’il y avait conflit d’intérêt ou perception de conflit d’intérêt. Le commissaire est revenu sur sa décision pour annoncer que M. Arseneault ne pouvait faire de lobbying dans aucune province canadienne. Le premier ministre Gallant a donc lui aussi changé son fusil d’épaule et a demandé à M. Arseneault de choisir entre un poste de député pour un an ou un poste mieux rémunéré, plus fiable et stable pour le long terme. Un dicton dit que «si vous offrez des peanuts, vous attirez des singes».

Pourquoi M. Arseneault a-t-il tenté d’occuper deux emplois en même temps et aurait-il pu remplir son rôle de représentant de la population qui l’avait élu? La question que je pose est plutôt pourquoi M. Arseneault va-t-il rejoindre le groupe d’anciens députés qui se sont retirés de la vie politique clamant perdre trop financièrement? Demandez à T.J.Burke, Peter Mesheau, Mike Murphy, Dennis Furlong et plusieurs autres. Est-ce que la décision stupide et ridicule des trois derniers gouvernements de geler les salaires des députés pendant 8 ans a influencée M. Arseneault?

Selon moi, il est réaliste et acceptable de prendre les augmentations de revenus annuels de 10 ou 15 groupes au N.-B. et de faire une moyenne qui serait la hausse de revenus des députés. Pourquoi ne pas prendre les évolutions de revenus, du salaire minimum, d’employés du secteur privé, de Radio Canada, du bien-être social ou autre, représentatifs de l’électorat que représentent les députés?

Souvenons nous de la décision de Bernard Lord de déclencher des élections hâtives à la suite de la décision de Peter Mesheau d’accepter un emploi dans le secteur privé car l’équilibre du nombre de députés en Chambre devenait précaire.

Les libéraux de Brian Gallant ont un peu plus de flexibilité, mais la marge de manœuvre vient de diminuer et personne ne peut se permettre des voyages durant la session ou même d’être malade s’il devait y avoir des votes en Chambre.

Toutefois, le départ d’autres députés qui pourraient aussi accepter d’autres emplois pourraient forcer des élections prématurées. Si le cas de Donald Arseneault était le test pour d’autres députés, le message du public a été très clair: pas acceptable. J’imagine que Victor Boudreau suit de très près toute cette péripétie.